Tuesday, October 25, 2016

Compte-rendu: La Chine et la ville au XXIème siècle, sinisation urbaine au Xinjiang et en Mongolie intérieure


           Il s'agit d'un essai écrit par Jean-Paul Loubes et publié aux éditions du Sextant en 2015, sur l'espace urbain dans le Xinjiang et la Mongolie intérieure. Architecte et anthropologue, Jean-Paul Loubes enseigne à l'École d'architecture de Bordeaux et à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) à Paris. Des Maisons creusées du fleuve Jaune(1989) à La Chine et la ville au XXIème siècle (2015), son œuvre témoigne de ses recherches. 
          Il s'en dégage deux idées fortes: la première est la notion de régularité de l'espace chinois: phénomène de sinisation de l'espace urbain qui perpétue la «vertu peuplante du peuple chinois» à l'origine des transformations des villes ou des villes nouvelles en Chine.
 La deuxième est celle de Topographie sacrée ou Folklorisation: accentuation d'un pittoresque local et ethnique dans le but d'en accroître l'attractivité supposée auprès des visiteurs. L'auteur veut nous montrer le rapport de l'Etat Chinois aux populations locales à leurs traditions architecturales, à leurs particularismes ethnique et religieux. 
Problématique: Est-ce une sinisation de l'espace urbain dans le Xinjiang et la Mongolie intérieure,  ou une interpénétration des cultures entre les Chinois Han et les populations périphériques ?


1/ SINISATION DE L'ESPACE URBAIN.

Définition de la régularité de l'espace chinois et ses applications dans la politique d'urbanisation des villes chinoises de l'Ouest
              Basée sur la cosmogonie chinoise (le continuum Ciel-Terre-Homme 天地人), la régularité décrit le modèle chinois de ce que doit être une ville typique chinoise Han: une construction géométrique des formes (la plupart alternant carré pour représenter la terre et le cercle pour le ciel)  avec la symétrie et une orientation des habitations. À partir de ce modèle, le gouvernement chinois a entrepris une politique de transformation architecturale des villes de l'Ouest de la Chine: le but était de mieux assimiler les populations locales au standard Chinois Han. 

Les villes nouvelles

             Il fallait donner une impulsion à l'économie de ces régions dont l'essor était en panne, faute d'axes de communication, d'équipement urbain, de parcs immobiliers suffisants pour attirer les populations et les investisseurs. La nouvelle ville d'Ordos en Mongolie intérieure achève le triangle d'or économique avec Baotou et Hohhot. En partant de rien (170 000 habitants), les Chinois espèrent loger un million de personnes. Ordos se voulait une référence urbanistique et architecturale (à travers le projet Ordos 100 qui n'a jamais abouti), mais c'était une création aisée d'une oasis en plein désert.


2/ LA SINISATION DU XINJIANG OU LE CHOC DES CULTURES

Les villes duales 
          Il fallait donc modeler Turfan selon un urbanisme Han prédéfini. Ce faisant, les urbanistes se sont heurtés à l'architecture ouïghoure, aux habitants du Xinjiang de culture musulmane et aux 
influences des pays voisins (Kazakhstan, Pakistan, Ouzbékistan). D'où la création de villes duales (villes de formations urbaines distinctes et de structurations de l'espace différentes). Ainsi, les villes-oasis du Xinjiang sont elles formées généralement par la ville Ouïghoure et la ville chinoise. 
           Soucieux d'unifier la Chine comme au temps de l'Empire, le gouvernement a entrepris unrapprochement avec la région du Xinjiang à forte identité ethnique et culturelle. Pour ce faire, il érige certaines villes en zones économiques spéciales pour en faire des pôles d'attraction dans l'avenir (ex: faire de Kashgar la «Shenzhen de l'Ouest»); on cherche aussi à faire du Xinjiang une région attractive pour touristes (création des villes-oasis dans le cadre de la Route de la Soie; rénovation des Mosquées et Minarets). La sinisation de l'espace urbain, au style néo-ouïghour (ex: centre commercial Carrefour à Urumqi). Il n'existe pas de suprématie de l'une ou l'autre culture: les deux coexistent, et s'associent pour le développement du commerce. 


3/ DE LA RÉGULARITÉ CHINOISE AU PRAGMATISME MONDIALISTE.

        Comment Pékin voit-il la Chine à l'horizon 2025?S'agit il de restaurer l'empire en reproduisant le modèle Han dans les régions les plus reculées? De déporter les populations natives et d'introduire des Chinois du Nord?Serait-ce plutôt la construction à marche forcée d'un modèle économique puissant à coup de grand travaux pour des régions riches et autonomes? 
La première hypothèse est caricaturale. La seconde est excessive.
          La Chine, désormais tournée vers sa croissance intérieure, est soucieuse d'un développement homogène des régions qu'elle négligeait autrefois. Mais le temps lui est compté. L'époque est au pragmatisme. Ainsi à Xi'an, destinée à devenir un pôle touristique international, il est urgent d'utiliser la vitalité et l'organisation d'une population musulmane qui fait l'identité et l'attrait de la ville (avec la plus belle mosquée de Chine). Il n'est plus question de rétablir le dirigisme urbanistique de Pékin, perdu lors de la démaoïsation des années 80. On observe ainsi une disparition lente de l'habitat chinois de l'ère Qin au profit d'une médina avec ses étages et ses toits terrasses !


Conclusion:

     En reconstruisant les villes ouïghoures, le planificateur chinois certes aura imposé un enclos carré pour borner les villas à cour traditionnelle et mis fin aux divisions aléatoires. Pour autant son sens de la cosmogonie n'aura pas pénétré les esprits des natifs du lieu. Or, la vitalité du marché intérieur chinois dépend de la prospérité de tous ses habitants. Pour mieux contrôler son économie, Pékin a choisi de respecter davantage l'identités culturelle.


Florie HERAUD 

M1 chinois LCSA (Année 2016/2017)

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