Tuesday, October 25, 2016

DEVAUX_CR : Katmandou, la ville aux mille visages (Annick Hollé et Jacques Raymond)



Katmandou, la ville aux mille visages:

Ce livre a été écrit par Mme. Annick Hollé, maître de conférences au département de géographie de l'université de Paris VIII Vincennes- Saint Denis, et chercheuse au laboratoire CNRS LADYSS. Les photographies l'illustrant ont-elles été réalisées par Mr. Jacques Raymond, un reporter-photographe qui a travaillé pour de nombreux magazines, et qui est un passionné de l'Asie et de l'Amérique du sud. Cet ouvrage a été publié par les Éditions de la Flandonnière en 2010.

 L'ouvrage nous présente donc l'Histoire de la ville de Katmandou, capitale du Népal, et tente de nous dévoiler au travers de son passé ce qui fait de cette ville bâtie pour le commerce une cité à part.

La ville de Katmandou est une entité que l'on peut difficilement dater (son existence remonterait à environ 2000 ans). Nichée sur le flanc sud de la chaîne Himalayenne, elle aurait été bâtie par l'ethnie des Newar, qui furent par la suite rejointe par d'autres ethnies (indiennes, tibétaines...). La preuve de cette pluralité ethnique passe aussi par le nombre d'histoires différentes relatant la création de Katmandou, via des légendes très spirituelles. Le livre nous en apprendra davantage sur la diversité de la population de Katmandou, et des coutumes qui les caractérisent.

On se demandera également pourquoi la cité a-t-elle été bâtie à son emplacement ? Les facteurs sont nombreux : géographiques, politiques, économiques, religieux...
Katmandou est traversée par deux routes très importantes : la route de l'Inde et la route du Tibet, qui font de la cité une plaque tournante des échanges commerciaux en tous genres (alimentaires, produits manufacturés...). D'un autre côté, les milieux naturels qui entourent la capitale offrent des ressources variées (jungle au sud, plateaux tibétains au nord). Sa situation, combinée au dynamisme des populations locales entraîne une ferveur permanente, la circulation des idées et des techniques ainsi que d'abondants échanges monétaires (ce qui différencie Katmandou des milieux ruraux, où le troc est toujours une pratique courante).
La localisation de Katmandou est également dû à la religion qui imprègne la ville. Avec des liens étroits entre le bouddhisme et l'hindouisme, tout l'agencement a été pensé de façon à être en parfaite harmonie avec la Nature et l'équilibre cosmique. Les deux rivières qui traversent Katmandou, Vishnoumati et Bagmati jouent un rôle important, et le palais royal d'Hanuman Dhoka est au centre symbolique de l'ancienne cité. On trouve également bon nombre de temples et monuments sacrés. L'aménagement de la ville a été prévu en fonction des castes (arrivées en même temps que l'hindouisme au Népal), qui sont séparées par quartiers et dont la proximité par rapport au centre de la ville démontre l'importance sociale. Cependant, cet arrangement urbain a été remis en cause. Même si le système de séparation des castes reste présent dans les traditions, il est de plus en plus courant d'acheter des terrains et de construire là où l'on peut en dépit des barrières sociales (cela est notamment dû à un mouvement de migration des campagnes vers la ville).

L'organisation économique de Katmandou a su garder une touche traditionnelle. On y trouve encore des presseurs d'huiles, des petits vendeurs et métiers de rue, et toute sorte d'artisanat. La place d'Asan reste le principal lieu de rencontre. D'un point de vue commercial et social, c'est là que tout se passe. Cela démontre encore à quel point le commerce a été le moteur de construction de la ville. Cependant, certaines activités emblématiques (on peut penser notamment aux caravanes trans-himalayennes) ont été mises à mal suite à l'arrivée et le développement d'un autre secteur : le tourisme. Ce dernier a lui aussi joué un rôle assez récent dans le développement de Katmandou. Après un siècle d'autarcie (de 1846 à 1951), l'idée de découvrir ce pays jusque-là pratiquement inconnu et mystifié a fait passer la capitale de lieu de passage à destination. Dans les années 50, un petit aéroport a été construit, et amène toujours dans le pays 90% de ses visiteurs. Puis en 1972, à l'adoption de la Convention sur la protection de l'héritage culturel et naturel mondial par l'UNESCO, la vallée de Katmandou, comparée à un «musée à ciel ouvert» a bénéficié de nombreux travaux qui ont abouti à la préservation de près de 230 hectares du patrimoine népalais. De quoi faire briller aux yeux du monde la présence d'une véritable mémoire népalaise, d'une Histoire et d'une culture fascinante à découvrir.

D'un point de vue personnel, j'ai trouvé ce livre très intéressant, car Katmandou est une ville que peu de gens connaissent. Annick Hollé et Jacques Raymond parviennent via leur travail à effacer certains des stéréotypes que l'on peut avoir sur cette ville (et par extension ce pays) et s'adressent particulièrement à tous ceux qui souhaitent en apprendre plus sur la ville (en prévision d'un voyage, ou par simple curiosité). Les photos donnent le sentiment d'une ville vivante, colorée et portant encore les traces de son passé et de ses traditions. Mais qui loin d'être entravée par cela, Katmandou parvient à intriguer et à s'ouvrir au Monde. L'expansion urbaine de la ville au cours de ces 20 dernières années lui a permis de gagner en visibilité ; et même si le Népal reste un pays encore peu présent sur la scène internationale et peu développé, les deux auteurs partagent vraiment avec ce livre leurs visions de la capitale, et de ses multiples facettes.

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