Tuesday, October 25, 2016

GERVAIS_CR : Séoul, l'invention d'une cité - Benjamin Joinau

Séoul, l'invention d'une cité


       Il s'agit d'un ouvrage de 2006 regroupant les témoignages de protagonistes d'âge et de milieu différents. Il est intéressant de noter que chaque témoin présenté lutte pour une cause qui lui est chère, que ce soit au niveau social, culturel ou traditionnel. Les profils sont répartis en 5 catégories basées sur les convictions qu'ils défendent.

       Cet ouvrage est né de l'alliance de deux personnes aux métiers complémentaires. Né en 1969, Benjamin Joinau est un ancien professeur d’université. Aujourd’hui, il fréquente la population locale grâce à son bistrot, en plus d’être chercheur en coréanologie. Résidant à Séoul depuis 1994, il publie divers essais sur la Corée ainsi que deux éditions dans le Petit Futé dédié à la Corée. Il est également traducteur littéraire, commissaire d’exposition free-lance et co-organise la série Eyes on Korea.
A ses côtés, Kang Yeon-Uk, un jeune artiste diplômé en photographie à l’université de Geyongwon et réputé pour son style personnel.



       Dans cet ouvrage, l'auteur fait le choix de parler de Séoul, non pas à travers sa vision des choses, mais à travers différents regards qui composent la ville. Selon lui, c'est auprès des Coréens que les secrets de la ville seront dévoilés. Il décide donc de laisser la parole à ceux qui font de Séoul ce qu'elle est aujourd'hui.
Son objectif est de mettre en scène les individus actifs de la ville, qu'ils soient connus ou non. Ces innovateurs dans divers domaines sont présentés ainsi que leur vision de la société, leur travail, leur vie, leurs objectifs et parfois même leurs rêves.

       En premier lieu, cet ouvrage est destiné aux personnes ayant un attrait pour la civilisation asiatique, en particulier la Corée du Sud et sa capitale. Cependant, il est également possible aux néophytes de comprendre les motivations et les épreuves endurées par les témoins présentés grâce au travail de recherche et d'explications de l'auteur, malgré quelques termes techniques.
Les sujets récurrents sont ceux de la modernisation de la capitale coréenne et l'évolution de la société dans son ensemble, notamment d'un point de vue social où les témoins jugent les Séouliens et donne leurs ressentis.
L'auteur reste neutre et se contente de poser des questions, parfois très personnelles, aux témoins afin qu'ils dévoilent ce qu'ils ressentent sincèrement.

       Cette étude auprès de la population coréenne nous permet de comprendre que les avis la population sont divisés. Certains aiment le Séoul d'aujourd'hui, riche de ses influences et de sa prouesse technologique tandis que d’autres regrettent celui d'hier, son mode de vie plus proche de la nature et ses traditions.
Chaque protagoniste est sélectionné pour son parcours et son dévouement à un domaine ou à une cause. Cela prouve son envie de changer la société coréenne, et plus précisément la mentalité et le rythme séouliens. Ces personnes se sont donc fait un nom dans leur milieu. Cependant, il aurait été intéressant de connaître également le ressenti de citoyens ne luttant pour aucune idéologie particulière. Dans la plupart des profils sont évoqués la crise financière asiatique de 1997 et les régimes dictatoriaux depuis Park Chung-Hee. Certains témoignages renforcent les paroles de l'historien Lim Je-Hyun «La guerre de Corée [...] a laissé une mentalité de conflit où la lutte pour la survie, l'angoisse et les traumatismes ont induit des attitudes de compensation dans le consumérisme »(p.19). Ces événements historiques vécus par la génération dite 386 sont-ils la raison de cette affection ou au contraire de cette réticence à l'égard de Séoul ?

       Les pièces ajoutées sont intéressantes. Il y a tout d'abord des photos de la ville : les lieux connus, mais les autres aspects de la ville sont également présentés (ruelles pittoresques, population, ville en mouvement). Un lexique regroupe des termes coréens utilisés par l’auteur et qu’il explique aussi lors de son utilisation. Benjamin Joinau incorpore également une carte des arrondissements de Séoul numéroté afin de repérer les lieux présentés. Enfin, si l'un des profils nous intrigue, une notice biographique en fin d'ouvrage reprend les grandes lignes de chaque présentation et inclus également des sources internet.
La documentation filmographique et bibliographique est riche et ce n'est pas par hasard. En effet, chaque source citée est abordée dans les profils ou dans les témoignages. Parfois même, nous pouvons constater des comparaisons entre fiction et réalité.



        Comparé à d’autres ouvrages sur la société coréenne que j’ai pu lire, celui-ci se démarque en insistant sur le côté social et réaliste.
Ce livre présente une vision de la société séoulienne moins élogieuse et pourtant pragmatique.
Cependant, ce travail fonctionne comme une source secondaire dans ma recherche car bien qu'elle parle de la société séoulienne, ce n'est pas l'image véhiculée par les médias.

       Ce rassemblement de témoignages et de ressentis rentre en contradiction avec l'image de la Corée, et particulièrement de Séoul, montrée par le gouvernement au monde entier par le biais de sa vague coréenne. En effet, il démontre que Séoul n'est pas la ville idéale comme on veut nous le faire croire, les coréens ayant vécus, et vivent encore pour certains, des moments difficiles.
Cette initiative de la part de l'auteur amène donc à une profonde réflexion sur la vie des Coréens et sur les conséquences de cette ultra-modernité qui fait vivre la ville. Nous pouvons nous demander si un jour, Séoul ne sera pas victime de sa perpétuelle quête à la reconnaissance mondiale.

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