Friday, October 12, 2018

Le pouvoir dans la ville de Nagasaki

Les villes au Japon sont représentées par un gouverneur communal, mais sont aussi dépendantes du pouvoir préfectoral et parfois même national. Il y a aussi des personnalités politiques à qui sont attribuées un district (ce que nous pouvons appeler aussi un quartier, ou machi). Dans le cas de Nagasaki, une autre source de pouvoir est à prendre en compte: l'industrie. En effet, cette ville est le berceau des industries Mitsubishi, qui ont aussi permis de façonner Nagasaki et de lui octroyer une dynamique économique depuis bien avant la seconde guerre mondiale.

Pour endiguer le déclin de la population, dont souffre particulièrement Nagasaki, le gouvernement local met en place dans les années 90 une "Initiative pour Améliorer l'Environnement de Vie de Nagasaki" et crée des plans communautaires dans huit quartiers résidentiels de Nagasaki. La participation des citoyens est un fait marquant de la politique de Nagasaki. Il s'agit de restaurations d'anciennes bâtisses, de nouveaux logements communautaires, mais aussi de création de parcs et d'appartements privés. Mais l'objectif principal de cette initiative est de faciliter la mobilité dans les zones à flanc de collines. Ce pourquoi la création d'escalators, d'ascenseurs et de monte-charges a été entreprise. 

Pourtant, 10 ans après le début de cette politique, les résultats sont mitigés. Les plans de construction et de rénovations sont longs et coûteux à cause du relief. Obtenir les droits pour rénover les vieilles habitations prend du temps. Les infrastructures censées améliorer la mobilité des résidents ne sont pas assez utilisés, et certains n'ont pas pu être construits à cause des contraintes que présentaient certaines zones résidentielles. 

Là où se démarque le pouvoir à Nagasaki est précisément la participation citoyenne, comme nous l'avons vu lors de la reconstruction d'après guerre. L'action de groupes communautaires ne peut pas être décrite comme anecdotique. Le Groupe de Recherche des Collines de Nagasaki collabore avec le gouvernement communal. Un de leurs projets a été de mettre à dispositions des volontaires pour accompagner la population âgée dans leurs déplacements, que ce soit à pied ou en "taxi". D'autres volontaires proposent des services médicaux à domicile. Ce sont des docteurs, infirmières ou ambulanciers de la ville. Ce groupe de recherche né en 1997 prend de l'ampleur et devient en 2005 une organisation à but non lucratif. Leur réseau s'étend et bientôt, l'université de Nagasaki s'impliquera dans leurs activités.

Grâce aux industries Mitsubishi, Nagasaki a attiré beaucoup de grands ingénieurs au cours de son histoire contemporaine. Et quand ceux-ci prennent leurs retraites, ils ont le loisir de mettre leurs compétences à la disposition de leur propre organisation:  l'Association de Recherche et Soutien des Senior. Avec l'aide de l'école d'ingénieur de Nagasaki, ils mettent en place de nouveaux projets tels que la création de nouveaux monte-charges et d'autres infrastructures favorisant la mobilité. Techno-Aid Tasukaru va aussi s'allier à eux. Il s'agit d'une entreprise, cette fois-ci à but lucratif, mais qui participe aux activités sociales. Ce réseau continue de s'étendre et démontre l'efficacité des partenariats publics-privés de Nagasaki. Tout cela se fait sous le joug d'une ordonnance communale visant à améliorer la qualité de vie des habitants sur les reliefs.

Cette singularité dans le pouvoir de la ville est appelée modèle de gouvernance communautaire de Nagasaki, et devrait son origine à l’attachement tout particulier de la population à leur ville qui serait due à son histoire singulière.

On peut également noter que les plans d’urbanisation de la zone portuaire de Nagasaki s’effectuent d’une manière relativement rare pour le Japon. Il est commun dans les villes de l’archipel que les directives concernant les constructions se cantonnent à de simples indications quant à la nature des bâtiments à construire. En d’autres termes, à partir du moment où les normes minimales sont respectées, les promoteurs ont un champ d’action libre de toutes considérations d’harmonisation des bâtiments entre eux, et avec l’environnement. Or le Nagasaki Urban Design System (NUDS) mit en place au début des années 2000 instaure dans les faits une chaine de commande entre les autorités préfectorales et les promoteurs et architectes. Il semble en effet que ces derniers doivent se plier à un examen plus rigoureux des projets architecturaux par les experts du NUDS, qui prévaut sur les autorités municipales. C’est à dire que là où il ne semble pas y avoir d’enjeux de pouvoirs ailleurs au Japon, la zone portuaire de Nagasaki offre un exemple contraire : les constructeurs sont soumis à une autorité qui doit approuver les projets envisagés. 

No comments:

Post a Comment