Saturday, December 22, 2018

Embedded Localities: Employment Decline, Inner City Population Growth, and Declining Place Stratifications among Japan’s Mid-Size and Large Cities - A. J. Jacobs



Cet article fut publié dans la revue City & Community de septembre 2006. L’auteur est professeur associé du département de sociologie de la East Carolina University, et était affilié au département des études asiatiques de la même université lors de 2006 à 2011.

Le point de départ de l’argument de l’auteur est l’évolution des dynamiques spatiales et démographiques des 11 plus grandes villes japonaises ainsi que les 23 districts particuliers de Tokyo (tokubetsu ku) entre la période des années 70 à la des années 80, puis celles des années 90 jusqu’à 2000. La première est marquée par une chute de l’emploi et un élargissement des inégalités de revenus, largement due à l’effondrement progressif du marché immobilier dans les grandes villes, et l’éclatement de la bulle économique, phénomène directement lié aux spéculations immobilières. Pour Jacobs, le facteur déterminant de ces évènements négatifs est à chercher dans les politiques gouvernementales de l’époque, qui cherchaient à protéger les entreprises majeures de la globalisation, et cherchait à les rendre plus compétitives à l’international. Or, l’échec relatif de ces politiques est précisément ce qui a marqué les dynamiques positives de la période suivante, c’est-à-dire une hausse de la population urbaine et des choix de résidences dans les quartiers intérieurs, ainsi qu’un rétrécissement des stratifications locales en fonctions des revenus des habitants par rapport aux années de la bulle économique.

En effet, les spéculations sur l’immobilier avaient alors créé une situation où les grandes entreprises tenaient en otages les terrains urbains, causant une escalade des prix et une ségrégation démographique marquée par les moyens économiques des habitants. Mais avec l’échec des politiques gouvernementales qui avaient permis ces spéculations, et la crise boursière des années 90 lors de laquelle les entreprises se trouvaient dans l’incapacité d’assumer les prêts bancaires contractés, provoqua un désengagement immobilier des entreprises, et une chute de prix des terrains, vendus pour une fraction de la valeur qu’ils avaient quelques années auparavant. Ils devinrent alors bien plus abordables, et c’est par l’investissement des municipalités, aidées par le gouvernement central, que les terrains purent se construire, des logements se créer, et les quartiers se repeupler.

Sur sa base conceptuelle, l’article se place dans l’approche des « villes nichées » (nested cities) qui s’oppose à celle des villes globales (global cities). Cette dernière tend à penser les configurations urbaines en termes de conséquences de phénomènes globaux, au sein d’un système mondial. Ce système est celui pensé par le sociologue Immanuel Wallerstein dans les années 70, qui rejette l’idée d’une opposition entre pays du Nord et du Sud comme modèle explicatif des dynamiques mondiales, mais plutôt un monde dans lequel les pays « centraux », c’est-à-dire les plus développés économiquement, influencent les pays « semi-périphériques » et « périphériques », c’est-à-dire les pays en voie de développement, et les pays non développés[1]. Appliquant ce concept aux villes, certains chercheurs considèrent donc que la globalisation de l’économie du monde industriel capitaliste moderne a créé une division du travail entre les villes du monde, et qu’au sommet de la hiérarchie d’influence se trouvent des villes-mondes telles que New-York, Londres et Tokyo. Ainsi, les dynamiques de ségrégations urbaines et le creusement des inégalités dans les villes « périphériques » seraient une conséquence de la concentration de l’influence et du pouvoir économique mondial dans ces villes-mondes, qui créerait donc collatéralement les configurations spatiales des villes.

L’approche des villes « nichées » considère quant à elle que le facteur principal des dynamiques urbaines locales, qu’il s’agisse de villes-mondes majeures ou de villes plus secondaires, se trouverait plutôt dans les contextes politiques et économiques nationaux et locaux. Les tendances d’urbanisation japonaises ont déjà été pensées au prisme de ces deux approches avant cet article, et certains chercheurs tels que Hill et Kim ont argués que Tokyo, plus qu’un « centre bourgeois de marché, est le produit d’un système national planifiée par un pouvoir bureaucratique étatique centralisé » et qu’en outre, les inégalités économiques et ségrégations spatiales sont basses dans les villes japonaises[2].

Jacobs se situe donc dans l’école de villes « nichées » depuis ses premières contributions à la recherche en développement urbain dans les années 2000, où il met l’emphase sur les politiques locales comme déterminant principal des tendances d’urbanisation et de dynamiques démographiques japonaises des 30 dernières années[3]. Le développement de cet article se place donc dans une suite logique des travaux de Jacobs, et comme une exploration détaillées comparative entre les villes japonaises, en expliquant le local par le national.

Jacobs conclue cet article avec quelques perspectives ouvertes. En cohérence avec son propos, il invite à une recherche des dynamiques urbaines concentrée sur les facteurs locaux telles que les ressources naturelles, les trajectoires historiques, les configurations économiques et institutionnelles particulières, entre autres. Ceci afin d’enrichir l’approche des villes « nichées », et de la faire compléter avantageusement les études et théories de l’influence de la globalisation sur les villes.


[1] Wallerstein, I. 1974. The Modern World-System. New York: Academic Press.
Wallerstein, I. 1979. The Capitalist World-Economy. New York: Cambridge University Press

[2] Hill, R. C., and Kim, J. 2000. “Global Cities and Developmental States: New York, Tokyo, and Seoul,” Urban Studies 37, 2167–2195
[3] Jacobs, A. J. 2002. “Integrated Development Planning, Supportive Public Policies, and Corporate Commitment: A Recipe for Thriving Major Cities in Aichi, Japan,” Journal of Urban Affairs 24, 175–196.
Jacobs, A. J. 2003a. “Devolving Authority and Expanding Autonomy in Japanese Prefectures and Municipalities,” Governance 16, 601–623.
Jacobs, A. J. 2003b. “Embedded Autonomy and Uneven Metropolitan Development: A Comparison of the Detroit and Nagoya Auto Regions, 1969–2000,” Urban Studies 40, 335–360.
Jacobs, A. J. 2004. “Inter-Local Relations and Divergent Growth: The Detroit and Tokai Auto Regions, 1969 to 1996,” Journal of Urban Affairs 26, 479–504.
Jacobs, A. J. 2005. “Has Central Tokyo Experienced Uneven Development? An Examination of Tokyo’s 23 Ku Relative to America’s Largest Urban Centers,” Journal of Urban Affairs 27(5), 521– 555.


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