Saturday, December 22, 2018

Embedded Localities: Employment Decline, Inner City Population Growth, and Declining Place Stratifications among Japan’s Mid-Size and Large Cities - A. J. Jacobs



Cet article fut publié dans la revue City & Community de septembre 2006. L’auteur est professeur associé du département de sociologie de la East Carolina University, et était affilié au département des études asiatiques de la même université lors de 2006 à 2011.

Le point de départ de l’argument de l’auteur est l’évolution des dynamiques spatiales et démographiques des 11 plus grandes villes japonaises ainsi que les 23 districts particuliers de Tokyo (tokubetsu ku) entre la période des années 70 à la des années 80, puis celles des années 90 jusqu’à 2000. La première est marquée par une chute de l’emploi et un élargissement des inégalités de revenus, largement due à l’effondrement progressif du marché immobilier dans les grandes villes, et l’éclatement de la bulle économique, phénomène directement lié aux spéculations immobilières. Pour Jacobs, le facteur déterminant de ces évènements négatifs est à chercher dans les politiques gouvernementales de l’époque, qui cherchaient à protéger les entreprises majeures de la globalisation, et cherchait à les rendre plus compétitives à l’international. Or, l’échec relatif de ces politiques est précisément ce qui a marqué les dynamiques positives de la période suivante, c’est-à-dire une hausse de la population urbaine et des choix de résidences dans les quartiers intérieurs, ainsi qu’un rétrécissement des stratifications locales en fonctions des revenus des habitants par rapport aux années de la bulle économique.

En effet, les spéculations sur l’immobilier avaient alors créé une situation où les grandes entreprises tenaient en otages les terrains urbains, causant une escalade des prix et une ségrégation démographique marquée par les moyens économiques des habitants. Mais avec l’échec des politiques gouvernementales qui avaient permis ces spéculations, et la crise boursière des années 90 lors de laquelle les entreprises se trouvaient dans l’incapacité d’assumer les prêts bancaires contractés, provoqua un désengagement immobilier des entreprises, et une chute de prix des terrains, vendus pour une fraction de la valeur qu’ils avaient quelques années auparavant. Ils devinrent alors bien plus abordables, et c’est par l’investissement des municipalités, aidées par le gouvernement central, que les terrains purent se construire, des logements se créer, et les quartiers se repeupler.

Sur sa base conceptuelle, l’article se place dans l’approche des « villes nichées » (nested cities) qui s’oppose à celle des villes globales (global cities). Cette dernière tend à penser les configurations urbaines en termes de conséquences de phénomènes globaux, au sein d’un système mondial. Ce système est celui pensé par le sociologue Immanuel Wallerstein dans les années 70, qui rejette l’idée d’une opposition entre pays du Nord et du Sud comme modèle explicatif des dynamiques mondiales, mais plutôt un monde dans lequel les pays « centraux », c’est-à-dire les plus développés économiquement, influencent les pays « semi-périphériques » et « périphériques », c’est-à-dire les pays en voie de développement, et les pays non développés[1]. Appliquant ce concept aux villes, certains chercheurs considèrent donc que la globalisation de l’économie du monde industriel capitaliste moderne a créé une division du travail entre les villes du monde, et qu’au sommet de la hiérarchie d’influence se trouvent des villes-mondes telles que New-York, Londres et Tokyo. Ainsi, les dynamiques de ségrégations urbaines et le creusement des inégalités dans les villes « périphériques » seraient une conséquence de la concentration de l’influence et du pouvoir économique mondial dans ces villes-mondes, qui créerait donc collatéralement les configurations spatiales des villes.

L’approche des villes « nichées » considère quant à elle que le facteur principal des dynamiques urbaines locales, qu’il s’agisse de villes-mondes majeures ou de villes plus secondaires, se trouverait plutôt dans les contextes politiques et économiques nationaux et locaux. Les tendances d’urbanisation japonaises ont déjà été pensées au prisme de ces deux approches avant cet article, et certains chercheurs tels que Hill et Kim ont argués que Tokyo, plus qu’un « centre bourgeois de marché, est le produit d’un système national planifiée par un pouvoir bureaucratique étatique centralisé » et qu’en outre, les inégalités économiques et ségrégations spatiales sont basses dans les villes japonaises[2].

Jacobs se situe donc dans l’école de villes « nichées » depuis ses premières contributions à la recherche en développement urbain dans les années 2000, où il met l’emphase sur les politiques locales comme déterminant principal des tendances d’urbanisation et de dynamiques démographiques japonaises des 30 dernières années[3]. Le développement de cet article se place donc dans une suite logique des travaux de Jacobs, et comme une exploration détaillées comparative entre les villes japonaises, en expliquant le local par le national.

Jacobs conclue cet article avec quelques perspectives ouvertes. En cohérence avec son propos, il invite à une recherche des dynamiques urbaines concentrée sur les facteurs locaux telles que les ressources naturelles, les trajectoires historiques, les configurations économiques et institutionnelles particulières, entre autres. Ceci afin d’enrichir l’approche des villes « nichées », et de la faire compléter avantageusement les études et théories de l’influence de la globalisation sur les villes.


[1] Wallerstein, I. 1974. The Modern World-System. New York: Academic Press.
Wallerstein, I. 1979. The Capitalist World-Economy. New York: Cambridge University Press

[2] Hill, R. C., and Kim, J. 2000. “Global Cities and Developmental States: New York, Tokyo, and Seoul,” Urban Studies 37, 2167–2195
[3] Jacobs, A. J. 2002. “Integrated Development Planning, Supportive Public Policies, and Corporate Commitment: A Recipe for Thriving Major Cities in Aichi, Japan,” Journal of Urban Affairs 24, 175–196.
Jacobs, A. J. 2003a. “Devolving Authority and Expanding Autonomy in Japanese Prefectures and Municipalities,” Governance 16, 601–623.
Jacobs, A. J. 2003b. “Embedded Autonomy and Uneven Metropolitan Development: A Comparison of the Detroit and Nagoya Auto Regions, 1969–2000,” Urban Studies 40, 335–360.
Jacobs, A. J. 2004. “Inter-Local Relations and Divergent Growth: The Detroit and Tokai Auto Regions, 1969 to 1996,” Journal of Urban Affairs 26, 479–504.
Jacobs, A. J. 2005. “Has Central Tokyo Experienced Uneven Development? An Examination of Tokyo’s 23 Ku Relative to America’s Largest Urban Centers,” Journal of Urban Affairs 27(5), 521– 555.


Tuesday, December 18, 2018

Does tourism illuminate the darkness of Hiroshima and Nagasaki? - Kaori Yoshida, Huong T. Bui, Timothy J. Lee


     Yoshida Kaori est professeure à la faculté des études d’Asie Pacifique de l’Université Asie-Pacifique de Ritsumeikan, au Japon. Huong Bui est professeure attachée à la même faculté, tandis que Timothy Lee est actuellement rattaché à l’Université de la Sunshine Coast de Queensland, en Australie. Ce dernier est aussi rédacteur en chef de la revue International Journal of Tourism Sciences, qui est le journal de publication de la Tourism Sciences Society of Korea. Leurs approches de recherche respectives, si elles se concentrent autour du tourisme, sont différentes : Yoshida s’intéresse aux représentations culturelles dans les médias, Bui à la psychologie sociale et la géographie humaine du tourisme, et Lee en études des dynamiques de commerce.

     Cet article fut publié en janvier 2016 dans la revue Journal of Destination Marketing & Management. Il semble être la présentation à mi-parcours d’un travail de collaboration de plus grande envergure entre les trois auteurs. Yoshida, Bui et Lee ont en effet bénéficié conjointement d’un financement de recherche entre 2014 et 2015 pour un projet intitulé War-related heritage sites in Japan : Only good for education ?. Le projet a été financé par l’université de Ritsumeikan. Dans une apparente continuité, les mêmes auteurs conduisirent une recherche intitulée The potential of war heritage sites as educational and touristic attractions in Japan: Comparative studies with five relevant countries entre 2015 et 2018, fondée par la Japan Society for the Promotion of Science de Tokyo.

     L’article est centré autour du concept de tourisme « sombre » ou « thanatourisme ». Ces appellations sont signées respectivement par A.V. Seaton en 1996[1] et le couple John Lennon et Malcom Foley en 2000[2]. Il s’agit de la tendance touristique à « se rendre à des sites qui sont ceux qui marquent la mort, le désastre ou le macabre ». À travers ce concept, les auteurs qui s’inscrivent dans ce champ de recherche tentent de le distinguer du tourisme des centres de divertissements, largement dotés en infrastructures, et situés dans des lieux accueillants et « inauthentiques ». Il s’agit également d’examiner les motivations des touristes, la volonté de se rendre dans des lieux où s’est jouée une histoire macabre dont il faut se rappeler, constater les preuves des désastres.

Entre la fin des années 1990 et le début des années 2010, il semble que la notion ait fait son chemin dans le domaine des études touristiques, passant d’un domaine d’étude de niche à un concept plus communément manié récemment. Il est en outre le terrain de nombreuses discussions et a d’ailleurs fait l’objet d’un numéro de la revue française de recherche en tourisme Teoros, en 2016[3]. Ainsi, il ne semble pas exister actuellement de consensus parfait pour le définir et l’appliquer aux phénomènes touristiques.

Les problématiques des auteurs ont pour points de départ théorique cette opposition entre un tourisme « sombre » et un « lumineux », qu’ils tentent de mettre à mal eu travers des exemples de Hiroshima et Nagasaki, qui échappent selon eux à cette dichotomie. Ils étudient les cas des deux villes à travers l’examen des récits historiques et sociaux présents dans la documentation touristique sur place, mais aussi les politiques gouvernementales, et des entretiens menés avec des représentants des autorités touristiques et culturelles locales.

     Hiroshima et Nagasaki présentent des cas de tourisme ou la mémoire d’une histoire « sombre » se mêle à un tourisme que l’on peut clairement identifier comme tel. Musées et monuments, mémoriaux et ruines sont là pour rappeler les tragédies atomiques qui ont marqué les deux villes. EN revanche, si leurs destins furent associés à travers ces évènements, les auteurs insistent sur le fait qu’elles ont toutes deux empruntée des trajectoires narratives différente pour raconter leur histoire au monde. Si Hiroshima se présente et est perçu comme un site « authentique » dans la mesure où l’imagerie de la bombe et les éléments de rappels de la destruction de la ville sont fréquemment employés, ce n’est pas le cas à Nagasaki. Cette dernière a en effet choisi de mettre en avant d’une part son héritage historique multiculturel, et une posture de prière et d’apaisement, face à une Hiroshima plus vindicative dans sa dénonciation de l’horreur nucléaire. Dans les deux cas, les auteurs mettent en exergue la volonté d’éduquer les visiteurs à la réalité historique de la bombe, et d’encourager à entretenir la paix.

     La construction est relativement classique pour un article de recherche anglophone : une introduction mettant en avant la ou les lacunes dans le champ de recherche dans le(s)quel(les) va s’engouffrer l’article, un état général de la recherche avec une revue de littérature théorique et empirique, une partie détaillant la méthodologie des auteurs, une présentation des résultats, une discussion autour de ces résultats, et une conclusion reprenant la problématique et comment les auteurs y répondent. Les auteurs posent en fin de parties les questions auxquelles il serait bon de répondre pour que le sujet soit traité plus en profondeur. Il est par exemple question d’interroger la modernité du phénomène de thanatourisme, c’est-à-dire en quoi la mise en tourisme de lieux de tueries de masse diffèrent-elles des anciennes pratiques de pèlerinage qui avaient souvent pour destination des lieux où la mort est présente. D’autre part, les auteurs, s’ils abordent la tendance à interpréter le tourisme sombre des lieux de mémoire de la guerre au Japon, Hiroshima et Nagasaki en premier lieux, comme alimentant une conscience victimaire du Japon, reconnaissent que cette interprétation demande à être affinée, en particulier au regard des recherches d’autres auteurs tels que Siegenthaler[4]. Ces interrogations ouvertes sont les bienvenues.

     Les auteurs soutiennent la nécessité du changement d’une vision du tourisme sombre comme s’opposant à un tourisme « lumineux » vers une vision plus dynamique où les dichotomies de guerre et paix, éducation et tourisme sont synthétisées en un même site touristique. En d’autres termes, plutôt que de penser le thanatourisme comme un simple attrait du macabre et de l’histoire, ils encouragent à le penser comme un tourisme de guerre permettant l’éducation à la paix. La perspective est non seulement intéressante, mais tout à fait pertinente dans le cadre des tourismes de Hiroshima et Nagasaki centrés autour de la mémoire de la bombe atomique.

     Yoshida, Bui et Lee appellent en outre de leurs vœux, à travers ces cas d’études, une perspective non-occidentale sur la question du thanatourisme, qui pourrait selon-eux s’appliquer à d’autres sites asiatiques, tels que les lieux de mémoire de la guerre au Viêt-Nam et au Cambodge. Il semble en effet qu’une large majorité de la recherche concernant cette forme d’appréciation des lieux de mémoire soit menée en Occident et par des chercheurs occidentaux, sur des sites comme Auschwitz en Pologne. En cela, l’appel à contributions de spécialistes asiatiques des auteurs semble légitime. Il pourrait non seulement permettre un enrichissement du champ de recherche sur le tourisme en termes de sites identifiés, mais également en termes de paradigmes théoriques. Des paradigmes qui, à l’image des questionnements des liens entre tourisme de guerre et éducation à la paix vus dans cet article, pourraient à priori tout à fait s’appliquer à des sites hors de l’Asie.


[1] A. V. Seaton, « Guided by the dark: From thanatopsis to thanatourism », International Journal of Heritage Studies, 2-4, 1 décembre 1996, p. 234‑244.
[2] J. John Lennon et Malcolm Foley, Dark Tourism, Cengage Learning EMEA, 2000.
[3] Revue Teoros, numéro 35/1, 2016 : https://journals.openedition.org/teoros/2837
[4] Peter Siegenthaler, « Hiroshima and Nagasaki in Japanese guidebooks », Annals of Tourism Research, 29-4, octobre 2002, p. 1111‑1137.

Saturday, December 15, 2018

Synthèse d'article : Who Had to Leave Their Children Behind? Evidence from a Migrant Survey in Shanghai


Who Had to Leave Their Children Behind? Evidence From a Migrant Survey in Shanghai est un article par Shengyan Xu, Hongfei Zhu et Xiaolong Li, publié en 2013 dans « Hitotsubashi Journal of Economics », volume 54.

C’est un article qui met l’accent sur les enfants des migrants à Shanghai. Les auteurs analysent la réception de l’éducation de ces enfants à partir des données de l’enquête de surveillance dynamique de la « population flottante » en 2011.

L’article étudie les éléments qui influencent la décision des élèves de rester en ville ou rentrer à la campagne, et surtout, comment le système d’éducation non-obligatoire devient l’empêchement de la réunion des enfants avec leurs parents qui travaillent en ville. Après une introduction des recherches existantes sur le même sujet, les auteurs en suite nous présenteront leur modèle et analyseront les résultats avant passer à la conclusion.

La loi de l’enseignement obligatoire (义务教育法), dans sa dernière révision en 2006, demande les villes d’enlever tous les obstacles afin de donner des opportunités égale aux enfants migrants et locaux d’aller à l’école. Cependant, cette loi ne touche toujours pas l’enseignement non-obligatoire.

Selon le système de Gaokao, concours national d'entrée d'éducation supérieur, les candidats doivent passer les examens où ils sont inscrits dans leurs hukou, leurs passeports internes. Vu que le contenu de l’examen n’est pas pareil dans toutes les provinces, les enfants sont obligés d’aller aux lycées de leurs régions pour y réussir. En plus, presque toutes les universités offrent des places d’admission limitées pour chaque province, mais elles ont une habitude d’admettre plus de candidats qui viennent de la même province où l’université s’est située. Les meilleures universités chinoises se trouvent principalement dans les régions plus développées, les lycéens là-bas profitent d’une meilleure qualité de l’éducation, puis une meilleure chance d’aller dans une bonne université, ce qui produit un « effet ciseaux » de l’inégalité de l’éducation.

L’enquête par sondage utilisée dans cet article contient des données sur 23 517 familles de migrants et 63 500 personnes à Shanghai. Les chiffres montrent que l’éducation qu’un enfant migrant peut recevoir dépend de la situation économique de la famille, et aussi de l’éducation que les parents ont reçue. Plus les parents ont une bonne situation économique et un haut niveau d’éducation, plus l'enfant aura de chances d’aller à un lycée shanghaïen. En plus, les obstacles à l'éducation non obligatoire continuent de limiter le mouvement des enfants migrants vers la ville. Comme la plupart des parents préfèrent vivre avec leurs enfants au lieu de les laisser seuls à la compagne, ces empêchements a rendu la ville moins attirante pour les migrants. Cela peut influencer le marché du travail de la mégapole.

Synthèse d'article : Rural Migrants in Shanghai: Living Under the Shadow of Socialism


Rural Migrants in Shanghai: Living Under the Shadow of Socialism est un article rédigé par Wang Feng, Xuejin Zuo et Danching Ruan paru dans la revue « International Migration Review » en 2002.
L’article traite de la ségrégation entre les migrants ruraux qui possède un hukou (passeport interne) agricole et les citadins à Shanghai en prenants des chiffres d’une enquête par sondage en 1995. Dans les six parties du texte, les auteurs nous donnent d’abord un profil sur les migrants, puis une analyse sur des différents aspects de leurs conditions de vie, et enfin une comparaison avec celles des résidents urbains afin de mettre l’accent sur le décalage toujours existant entre les deux sociétés.
À partir des années 1950 jusqu’au début des années 1980, la migration était sous un contrôle gouvernemental tellement strict qu’il était quasiment impossible de changer de statut agricole à non-agricole. C’est grâce à la réforme économique en 1978 que la politique a commencé à s’assouplir.
L’enquête nous montre que presque la moitié des migrants sont de l'âge 20 et 29 ans, et qu’il y a une surreprésentation des hommes, alors que la population locale présente une répartition pratiquement égale par rapport à l’âge et le genre. 91,8% de la population migrante sont venues à Shanghai pour chercher un travail, et 85% parmi tous les échantillons possèdent un hukou agricole. Les analyses de cet article se concentre seulement sur des travailleurs ruraux âgés entre 18 et 65 ans et qui sont venus à la ville pour des raisons économiques.
La forte demande de main d’œuvre dans un mégapole comme Shanghai propose surement beaucoup d’emploi aux migrants. Ils peuvent s’installer rapidement dans la ville avec un travail facilement trouvé, et la rémunération est beaucoup plus élevée qu’avant. C’est également possible d’obtenir un meilleur poste quand ils ont accumulé de l’expérience.
Cependant, cela ne veut pas dire que les migrants ruraux partagent la même condition de vie avec les citadins. Il est toujours très difficile d’avoir un hukou shanghaïen pour les migrants puisqu’il faut acheter un logement valable d'une somme bien au-delà de la portée pour d'abord obtenir le  « hukou en sceau bleu », un statut entre le hukou officiel et temporaire. On constate que la plupart des travailleurs ruraux se trouve dans les secteurs de la production industrielle et des services de base, qui peuvent être considérés comme des domaines qui servent les résidents urbains ou qui fait partie de la construction urbaine, ce qui rend aux migrants une position plutôt inférieure que les citadins. Vu que les migrants préfèrent les réseaux personnels au lieu d’assistance gouvernementale pour trouver un emploi, l’inégalité de la différence du type de travail entre les résidents urbain et ruraux entraînera une série de cercles vicieux.
L’inégalité se voit aussi dans la vie quotidienne. Au moment où l’article est écrit, les migrants ne touchaient pas ni les assurances sanitaires ni le système de l’épargne retraite, et n’avaient pas le droit d’acheter une propriété immobilière. Leurs enfants ne peuvent pas profiter de l’éducation dans la ville. En plus, il existe toujours des barrières sociales sous la forme de discrimination ou stéréotype.
En conclusion, même si les situations se sont améliorées au cours des dernières années après la publication de cet article, l’inégalité et la ségrégation reste toujours entre la population urbaine et rurale, et c’est un problème qui devrait être traité et résolu.  

Synthèse de l'article "Le développement urbain de Shanghai, un « remake » ? » écrit par Marie-Claire Bergère

L’article « Le développement urbain de Shanghai, un « remake » ? » , écrit par Marie-Claire Bergère, a été publié en janvier 2005 dans la revue d’histoire Vingtième Siècle. L’auteur parle de l’évolution de la ville de Shanghai et son désir de retrouver sa gloire du passé.

Shanghai est une des villes du monde qui se développe le plus rapidement. Aujourd’hui, beaucoup de touristes connaissent Shanghai pour le développement urbain de cette nouvelle métropole. Malgré qu’une politique ait été mise en place pour préserver son patrimoine culturel, la ville s’avance avec une telle vitesse dans l’avenir, contrairement aux villes européennes, qu’elle semble vouloir oublier son passé de ville colonisée aux XIXe et XXe siècles, durant la période de la guerre de l’Opium (1839-1842) à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, cela a eu un point positif, car c’est grâce à cette colonisation et au développement des concessions étrangères dans la ville qu’elle a pu autant se développer et se moderniser pour devenir cette métropole industrielle qu’elle est aujourd’hui.

Shanghai a donc connu la colonisation, l’installation des étrangers dans des concessions étrangères qui a divisé la ville en trois secteurs : la partie chinoise, la concession internationale et la concession française, qui sont tous indépendants des autres (gouvernement, lois, autorité, etc.) et séparés par des frontières. Les marchands étrangers installent leurs entrepôts et leurs résidences sur le Bund, le long de la rivière Huangpu, qui est le centre de la ville. Vers le début du XXe siècle, les industriels se déplacent vers le Nord où se trouvent de grands terrains bon marché, tandis que les riches préfèrent aller vers l'Ouest, dans les banlieues tranquilles. La ville s'étend alors vers l'intérieur, mais le Bund reste le centre de la ville, là où tout se passe. La ville accueille encore une population, des immigrants venant d’autres provinces, qui vont devoir vivre de façon précaire à cause du hukou, le passeport interne permettant l’accès à des droits sociaux, politiques, économiques, institutionnels et bien d’autres, ce qui mène également à une ségrégation résidentielle et une mauvaise intégration des étrangers à la ville. Fin 1920 la ville chinoise occupe 30 km carré contre 33 par les concessions étrangères, et la ville devient le « principal centre économique du pays dont il domine la hiérarchie urbaine ». La population triple en 20 ans pour atteindre 3,5 millions en 1935, et comme le gouvernement refuse d'agrandir les concessions étrangères, de nouveaux quartiers chinois sont créer aux Nord des concessions.

De 1927 à 1930, la municipalité du Grand Shanghai, crée par le gouvernement nationaliste, se retrouve avec tout les pouvoirs pour diriger les secteurs chinois de la ville pour la première fois par une institution unique et chinoise, pour faire comprendre que la ville n’a plus besoin des étrangers pour la diriger. Ce mouvement de rébellion est vite stoppé par la colonisation japonaise des quartiers chinois en 1937, puis de la concession internationale en 1941. Shanghai se retrouve à nouveau libre, sous l’autorité d’un gouvernement chinois légitime, en 1945, à la fin de la seconde Guerre Mondiale. Oubliant sa rébellion, en 1946, elle songe plutôt à un projet pour solidariser les habitants, après s’être libérée de son statut de ville semi-coloniale. Malgré la mauvaise réputation du Vieux Shanghai avant 1949, les constructions héritées des ports ouverts deviennent patrimoine national et, au cours des années 1990 et beaucoup de bâtiments sont inscrits en tant que monuments historiques, et beaucoup d’anciens monuments ont été restaurés. La restructuration des activités économiques par l’installation en 2001 de 25 000 entreprises à Shanghai entraîne une nouvelle vision du passé de la ville que l’on peut voir comme une expérience exceptionnelle à prendre comme modèle.

Shanghai essaie de redevenir ce qu’elle était, sans les côtés négatifs, ce qui est difficile avec tout les changements qu’elle a connu avec la restructuration du paysage urbain et des bâtiments de l’ère coloniale disparus, malgré son désir de préservation. Elle a été réorganisée pour facilité le développement économique et améliorer les conditions de vie des shanghaiens grâce nouvelles routes, au métro, à la centaine de lignes de bus, aux aéroports et aux gares de trains, tous réunis dans cette grande ville, mais le port n’est plus vraiment utile, même pour les croisières. Elle connaît alors, au début du XXIe siècle, l’ère de la mondialisation.

Le côté historique de Shanghai, son passé, son image de métropole orientale et son ancienne réputation qui fait son identité et son originalité, réveillent la fascination dont les touristes étaient avant attirés, et grâce à cela la ville peut faire revivre ce qui est aujourd’hui une de ses ressources importantes dans le commerce : le tourisme. La ville paraît alors accueillante pour les entrepreneurs. Cependant, avec toute la concurrence partout en Chine, comme à Hong Kong, Shanghai ne pourra, malheureusement pour elle, ne pas retrouver le monopole de la modernité chinoise comme c’était le cas avant 1949. L’auteur conclut en disant que cela « ne suffit pas de convoquer le passé », même si beaucoup d’éléments de l’Âge d’or sont associés à la mondialisation, l’évolution que connaît en ce moment la ville de Shanghai pourrait créer à elle seule « une situation inédite ».

Synthèse d'article : Living on the edge: financing post-displacement housing in urban redevelopment projects in Seoul



Living on the edge: financing post-displacement housing in urban redevelopment projects in Seoul est un article écrit par Hyun Bang SHIN publié en 2008 et est le résultat de l’étude de cas sur le quartier de réaménagement de Nangok situé à une quinzaine de kilomètre au sud du centre-ville de Séoul, où l’auteur a mené ses enquêtes de terrain. Il étudie les divers déplacements, souvent forcés, des locataires urbains pauvres de Séoul et les contraintes auxquelles ils sont confrontés.

Depuis les années 80, la ville de Séoul a connu un redéveloppement urbain très important. Sur l’ensemble des logements fournis entre 1973 et 1995, environ 17% étaient dû à un réaménagement des quartiers délabrés et des taudis urbains. Mais seulement 5% de la population pauvre avait le droit d’y être logé. Ces bâtiments étaient avant tout, construits pour faire du profit et résultaient de partenariats entre les promoteurs et les propriétaires. On remplace alors les taudis par des grands immeubles modernes et on cherche à faire venir les populations afin de vendre le plus d’appartements sur le marché des logements neufs. Cependant si le logement est construit sur un espace publique et que le propriétaire n’a pas de régime foncier alors il devra acheter le terrain pour obtenir un acte de propriété dans le but de louer son bien et faire les réaménagements adéquats. 

Les personnes les plus touchées par le redéveloppement urbain sont les locataires pauvres qui peuvent se retrouver expulsés sans recevoir d’indemnités. Le gouvernement fut obligé d’agir face aux manifestations et proposa deux choix aux locataires : soit être relogé dans des appartements de locations publics, c’est ce que l’auteur appelle « une compensation en nature », soit de percevoir une indemnisation en espèce. Cette mise à disposition des appartements devait servir à améliorer la sécurité autour du bail pour les locataires y ayant droits. Dans le reste de la Corée, ce type de logement représente environ la moitié des logements proposés alors qu’à Séoul, ils n’en représentent qu’une infime partie. Les baux sont signés pour une durée de 5 ans dans la majorité des cas, mais pour les personnes les plus en difficultés, des baux sur une durée de 50ans sont proposés. Dans le cas de Nangok, les locataires préférèrent signer un bail de deux ans renouvelable plutôt que des indemnités en espèce. En Corée, lorsque l’on loue un appartement, on peut : soit payer l’intégralité du loyer dès son entrée dans le logement, ou alors verser un acompte important dans un premier temps et continuer à verser un loyer chaque mois. 

L’auteur nous dit que son étude sur le quartier de Nangok montra que les objectifs qui avaient été décidés pour les locataires en difficulté financière n’avaient pas été complètement atteints, que les logements fournis n’avaient pas pris en compte les besoins des locataires et que la sécurité autour du bail n’avait pas été améliorée. Aussi le paiement du loyer se trouvait en conflit avec les dépenses des ménages qui préféraient mettre leur argent dans des besoins plus primaires. L’auteur affirme également que le fait de déplacer ces populations à des effets négatifs sur leurs ressources disponibles et que cela ajoute à leurs nombreuses contraintes. Avec l’évolution permanente et rapide de la ville de Séoul pour toujours être plus moderne et plus riche, les populations les plus en défavorisés sont chassées du centre-ville. L’auteur ajoute que le gouvernement devrait leur venir en aide en leur proposant des politiques de rénovations urbaines s’appuyant sur les actifs déjà investis de cette population. 

L’auteur conclut en proposant quelques solutions comme un accompagnement personnalisé des locataires par l’État, c’est-à-dire que celui-ci prenne en compte les situations de chaque ménage afin d’adapter l’aide financière en conséquence. En aidant ainsi ces populations, elles pourraient revenir investir le centre-ville même si le loyer y est plus cher. Pour l’instant le gouvernement souhaite augmenter l’offre de location publique dans les secteurs des logements individuels, très demandés car les loyers y sont moins élevés. L’auteur précise que cela pourrait offrir de nouvelles possibilités pour les personnes pauvres mais que l’impact de cette décision resterait à observer.