Wednesday, December 12, 2018

Synthèse article : Métropolisation chinoise et villes nouvelles : l'exemple de l'aménagement polycentrique de Shanghai


               Cet article expose l’évolution de l’aménagement si particulier des villes chinoises entre les années 1990 et 2000 en prenant l’exemple de la mégalopole de Shanghai qui a connu une croissance véritablement spectaculaire sur cette période.
               Il faut tout d’abord noter, qu’entre 1978 et 2013, la population shanghaienne a doublé. Dans ce même intervalle temporel, la zone urbaine de la ville est passé de 255 km² à 2970 km², ce qui représente une augmentation de plus de 90 km² par an. Lors du recensement officiel de 2013, la population de Shanghai s’élève à environ 24,2 millions d’habitant dont 41% soit 9,9 millions sont des migrants ruraux. L’agglomération s’étend alors sur un territoire de 6340 km². La croissance urbaine a donc été indubitablement phénoménale sur une très courte période afin de faire face à une croissance démographique si importante. Cela va donc poser la question de l’intégration des nouveaux quartiers périphériques à l’ensemble de la métropole. L’article étudie donc les aménagements mis en place à différents niveaux à savoir celui de la « ville-centre », celui de la municipalité et enfin celui des « villes nouvelles ».
               Dans un premier temps, Carine Henriot se concentre sur les réformes instaurées afin de réorganiser l’espace urbain. Entre 1949 et la fin des années 1980, faute d’investissement, Shanghai conserve son organisation autour des différentes concessions présentes dans la ville. Au fil du temps, une volonté politique de réaménager la périphérie de la mégalopole se concrétise par le lancement d’un programme de villes-satellites afin de favoriser son développement industriel. Jusqu’à la fin des années 1980, l’organisation spatiale des quartiers périphériques shanghaiens se fait donc de la façon suivante. La proche banlieue, aussi appelée Jinjiao, regroupe des cultures vivrières intensives et des nouveaux villages d’habitation. La périphérie éloignée, ou Yuanjiao, rassemble des quartiers industriels encore mal intégrés au reste de l’agglomération. On observe donc sur cette période-là une forte industrialisation de Shanghai mais un faible développement urbain. Ce n’est donc qu’à partir des années 1990 qu’un véritable souhait de restructuration territorial émerge. Le premier schéma d’organisation de la zone de Pudong autour de cinq quartiers consacrés chacun à un domaine particulier est publié en juillet 1992. C’est ainsi que vous être créés le centre d’affaires de Lujiazui, la zone de libre-échange de Waigaoqiao, la zone d’import-export de Jinqiao, le parc industriel des nouvelles technologies de Zhangjiang et le parc d’agriculture moderne de Sunqiao. Pudong devient ainsi le centre névralgique de Shanghai. Un nouveau schéma publié en 1999 et approuvé en 2001 élargi la zone du centre-ville jusqu’au périphérique extérieur. La ville-centre s’étend donc à présent sur une zone de plus de 660 km² et est articulé autour de quatre quartiers centraux, Xujiahui, Lujiazui-Huamu, Wujiaochang et Zhenru. Le développement de la ville se fait le long d’axes bien précis, entre Shanghai et Nankin, entre Shanghai et Hangzhou et enfin le long de l’estuaire du Yangtze et de la Mer de Chine. C’est également à cette période que le terme de « villes-satellites » est remplacé par celui de « villes nouvelles ». Dans les années 2000, l’expansion urbaine des banlieues se fait autour des principaux axes routiers et ferroviaires, mais aussi autour des canaux. On observe donc une structure polycentrique autour de laquelle gravitent des pôles périphériques hiérarchisés.
               L’article se concentre ensuite sur les mesures de redéploiement de la population de la ville-centre vers les « villes nouvelles » périphériques. Entre 1999 et 2015, cinq programmes de réorganisation de la répartition de la population sont mis en place. Onze « villes nouvelles » pouvant accueillir entre deux cent mille et trois cent mille habitants sont alors aménagées. Le cinquième plan quinquennal vise à urbaniser la banlieue grâce à un projet expérimental intitulé « Une ville, neuf bourgs ». De petites villes sont alors construites selon des styles architecturaux différents. Un nouveau plan de construction à court terme est mis en place entre 2003 et 2007 visant alors à l’aménagement de trois « villes nouvelles principales » pouvant accueillir entre huit cent mille et un million d’habitants. Un sixième plan quinquennal confirme alors l’organisation de la mégalopole autour d’une ville-centre entourée par neuf « villes nouvelles » dont trois principales et six secondaires. Enfin, le septième programme institutionnel vise à la construction de sept « villes nouvelles » et instaure une hiérarchisation de ces quartiers en villes de premier, second et troisième rang. La plupart de ces quartiers périphériques sont reliés à la ville-centre par un important réseau autoroutier et un réseau ferroviaire comparable au RER d’Ile-de-France appelé « Shanghai Metro ». Carine Henriot explique ensuite les différentes typologies de ces « villes nouvelles ». Les villes suburbaines, comme Minhang ou Baoshan, ont la même structure que le Shanghai des années 1990. Les villes périurbaines sont en construction depuis une dizaine d’année. Selon les quartiers, l’aménagement est plus ou moins avancé. Enfin, les petites « villes nouvelles » issues du projet « Une ville, neuf bourgs » dont la construction est assez avancée présentent une architecture typiquement étrangère ou traditionnelle chinoise. On constate donc que la nouvelle organisation de la ville permet la bonne intégration de ces nouveaux quartiers périphériques dans la structure urbaine de la métropole shanghaienne. HenHh
               L’article finit par expliquer comment ces « villes nouvelles » sont devenues des relais pour accéder aux grandes villes. Depuis les années 2000, la population installée dans la ville-centre dans à quitter le centre névralgique de la ville pour s’installer dans les proches banlieues. C’est ainsi qu’on observe entre 1999 et 2010 une croissance de la population urbaine très faible, voire négative, alors que celle dans les villes périphériques sont en forte hausse. Le centre-ville observe donc une croissance démographique de seulement 9,5% alors que celle de la proche banlieue est de 61,6% et la banlieue éloignée est de 48 ,9%. Ces « villes nouvelles » shanghaiennes s’industrialisent peu à peu en se concentrant sur certains secteurs. L’organisation urbaine de ces quartiers est extrêmement cartésienne grâce à de grands axes routiers. Carine Henriot prend ensuite l’exemple de l’arrondissement de Songjiang qui abrite environ 1,7 million de résidents dont 66% sont des migrants ruraux qui n’ont donc pas le hukou de Shanghai. Afin d’analyser la composition de cette population et son évolution, elle compare les résultats des cinquième et sixième recensements officiels. Entre 2000 et 2010, ce quartier a observé une croissance démographique de 146,8% passant donc de 641 156 habitants à 1 582 398. Les premiers à s’installer dans ce quartier étaient des migrants venant des zones agricoles du pays mais au fil des années les nouveaux arrivants sont surtout des personnes quittant la ville-centre pour la proche banlieue. C’est donc en ce sens que les quartiers comme celui de Songjiang jouent le rôle de ville relais entre le cœur de la métropole et sa périphérie en accueillant aussi bien des migrants ruraux que des citadins shanghaiens.
               En conclusion, depuis les années 1990, on observe une véritable révolution de l’organisation de la zone urbaine et périurbaine mais également de la répartition de la population. Les « villes nouvelles » construites à la périphérie de la ville-centre sont le parfait exemple de cela. Elles maintiennent des liens très étroits avec le cœur de Shanghai grâce à de grands axes routiers et ferroviaires. On parle donc à présent d’un système urbain polycentrique et hiérarchisé car toutes les « villes nouvelles » n’ont pas le même statut. Certains quartiers en banlieue qualifiés de « villes relais » ont un rôle extrêmement important dans le redéploiement de la population dans le but de désengorger le centre de la ville pour la périphérie.

Source article : Géo Confluences. Carine Henriot. Dossier : La Chine, la modernisation encadrée d'un territoire global. Métropolisation chinoise et villes nouvelles : l'exemple de l'aménagement polycentrique de Shanghai. (Publié : 14/02/2016). [en ligne] 
http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-regionaux/la-chine/corpus-documentaire/villes-nouvelles 


Tuesday, December 11, 2018

Migration urbaine à Shanghai


En tant que mégapole du monde, Shanghai attire de plus en plus de migrants désireux de tenter leur chance à la ville. Selon les données des deux recensements de 2000 et 2010, il y a environ 9 millions de migrants en 2010 sur la population totale de 23 millions en 2010 (39%), contre 3,5 millions sur 16 en 2000 (21%). Un grand nombre d’entre eux sont des « travailleurs migrants » qui quittent les campagnes pour aller travailler dans les entreprises ou sur des chantiers à Shanghai.

Entre 2009 à 2014, le gouvernement shanghaïen effectue une enquête de suivi sur les travailleurs migrants au sein de 1200 ménages. Voici les données dans l’annuaire de Shanghai en 2016.

Figure 1 - Shanghai et les provinces voisines

La plupart des migrants viennent des provinces voisines : 37,5% viennent d’Anhui, et 13,6% de Jiangsu (voir figure 1 pour la localisation géographique). Ils sont assez jeunes, avec un âge moyen de 32 ans, et 83,8% entre eux sont en âge de travailler (16-60 ans).

Quant aux conditions de logements des migrants ruraux, la surface moyenne des habitations est de 15,3 m2, la moitié de ceux qui possèdent un passeport interne shanghaïen. 78% des migrants sont locataires, contre plus de 10% qui s’installent dans les dortoirs collectifs où il y a environs 8 ou 10 lits par chambre. De plus, 40% partagent les toilettes avec les autres, 33% habitent dans un logement sans toilettes et 57,5% des travailleurs n’ont pas une salle de bain chez eux.

L’éducation des enfants est également un problème pour les migrants. Seulement 35% de ces enfants ont accès à l’éducation à Shanghai tandis que plus de 60% sont obligés de se séparer avec leurs parents pendant très longtemps (une année ou même plus) et de rester seuls dans leurs régions natales ou avec les grands-parents.

Sunday, December 9, 2018

Compte Rendu d'Article: "Precariousness in Everyday Life : Homelessness in Japan"

 
« Precariousness in Everyday Life : Homelessness in Japan » est un article rédigé par Patricia Kennett et Masami Iwata, et publié en 2003 dans l’International Journal of Urban and Regional Research. Patricia Kennett est professeur d’études comparatives des politiques publiques internationales à l’université de Bristol, et a notamment pris part à des études comparatives de genre, de gouvernance et de politiques sociales, en particulier en Asie de l’Est. Masami Iwata, quant à elle, est professeur émérite à l’Université féminine de Tokyo et a travaillé sur les questions des aides sociales dans le Japon de l’après-guerre et les inégalités sociales.
            L’article traite de la question de la précarité et des sans-abri au Japon. Les chercheuses s’accordent à dire qu’il est difficile de définir avec exactitude ce qu’est être sans-abri, et que de fait déterminer avec exactitude le nombre de sans-abri dans le monde n’est pas chose aisée[1]. Il s’agit par ailleurs d’un nouveau type de marginalisation lié au « capitalisme post-industriel », et le nombre de sans-abri a grimpé en flèche à partir des années 1980. Dans le cas du Japon, il faut attendre les années 1990 pour que le problème de la précarité et des sans-abri soit abordé de façon officielle. Le but de l’article est de déterminer comment s’est construit ce phénomène et de quelle façon le Japon tente de pallier au problème des sans-abri. La première partie de l’article explore les structures sociales et institutionnelles de l’après-guerre, où la pauvreté était peu mesurée, tandis que la seconde traite le contexte socio-économique changeant des années 1990 qui a donné naissance à de nouvelles dynamiques d’inégalité et provoqué l’augmentation du nombre de sans-abri.
Le Japon de l’après-guerre se lance dans une série de réformes sociales et politiques afin de se reconstruire et relancer son économie : amélioration des systèmes d’aides sociales, éducation de masse et création d’une sécurité sociale comptent parmi les nouvelles mesures mises en place par le gouvernement. Pour autant, la mise à disposition de logements sociaux ne compte pas parmi ces mesures, et le marché du logement se retrouve dans les mains d’investisseurs privés.
Par ailleurs, les inégalités sont importantes dans une société où le genre, l’ethnicité et le cercle relationnel influent sur les opportunités de carrière. Les femmes, par exemple, doivent se faire une place dans un monde du travail où leur place n’est que vaguement tolérée dans l’après-guerre, un fait dû à la vision familiariste de la société japonaise. Il faut attendre 1999 pour qu’une loi interdisant la discrimination de genre au travail soit instaurée. L’ethnocentrisme et l’idée d’une communauté unifiée place les minorités en marge de la société, et celles-ci se retrouvent le plus souvent en dehors des critères d’éligibilité pour les aides sociales et sont celles qui se retrouvent le plus souvent dans des cas précaires.
La question de la précarité et des sans-abri prend de l’importance car le Japon connaît une période de changements sociaux à partir de 1945. Jusque dans les années 1990, le pays connaît une stabilité économique et les emplois  nombreux et durables ; apparaissent ensuite des fissures dans le modèle japonais, les marchés, entreprises et organisation familiale se fragilisent, et beaucoup de japonais font face à des problèmes de revenus et de logement[2].
            Après la crise du pétrole de 1974, les industries du secteur primaire (mines, aciéries) japonaises sont contraintes de se restructurer et le nombre de sans-abri augmente[3]. Les premiers touchés par ces mesures sont les personnes résidant dans les yoseba (寄せ場, litt. lieu de regroupement), des districts où se rassemblent des travailleurs qui cherchent des emplois à la journée, notamment dans la construction. Ils forment la strate la plus basse du marché du travail, et les années 1960 ont permis à ces hommes d’avoir un emploi de façon régulière. L’augmentation du nombre de sans-abri est en partie du au fait que les travailleurs de ces quartiers ont eu de plus en plus de mal à trouver des emplois journaliers[4], avec la crise économique qui fait chanceler le marché de la construction et causant un écart entre l’offre et la demande au niveau des emplois[5]. Afin de bénéficier d’une assurance chômage, les travailleurs des yoseba doivent prouver avoir travaillé pendant au moins 26 jours sur une période de deux mois. Beaucoup d’entre eux ont de plus en plus de mal à atteindre ce chiffre, et la rue devient leur seule alternative. Statistiquement, les hommes sont plus nombreux que les femmes à être sans-abri ; beaucoup ont peur d’être agressées, mais les auteures constatent qu’il est probable que le cas des femmes vivant dans la rue soit dissimulé, car « dans une société qui dédaigne les femmes même dans les meilleures circonstances, nous sommes parfois accablés par ces femmes qui n’appartiennent à aucun lieu ni aucune personne ; celles qui, par le simple fait d’exister, violent toutes les notions conventionnelles de la féminité. »[6]. Les femmes auraient plus souvent tendance à rester dans des relations abusives, ou de recourir à la prostitution[7].
Le fait d’être sans-abri relève le plus souvent d’une combinaison de plusieurs facteurs, à savoir le chômage, l’endettement et le rejet par la famille. Comme spécifié plus haut, il y a un lien entre les travailleurs des yoseba et les personnes vivant dans la rue, et les statistiques démontrent que le portrait type d’un sans abri japonais au début des années 1990 est très similaire à celui du travailleur de yoseba[8]. La tendance s’inverse pourtant au cours de cette décennie, et au début des années 2000, la majeure partie des sans-abri ne provient pas du système de yoseba. Cela est dû selon les auteures – en s’appuyant sur les propos de Guzewicz[9] – ente autres aux changement sociaux et économiques trop rapides qui ont affaibli les institutions traditionnelles. En ce sens, le Japon évolue, et les éléments fondamentaux de la stabilité sociale comme l’emploi à vie et des salaires équitables s’affaiblissent au profit de plus grandes inégalités salariales et la hausse du taux de chômage (environ 5% en 2001[10]), causant une augmentation du nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté.


Guzewicz Tony D., Tokyo’s homeless : a city in denial, Huntington, N.Y., Kroshka Books, 2000.
Hasegawa Miki, We Are Not Garbage! The Homeless Movement in Tokyo, 1994-2002, Florence, Taylor and Francis, 2012.
Kennett Patricia et Iwata Masami, « Precariousness in Everyday Life: Homelessness in Japan », International Journal of Urban and Regional Research, 27-1, 2003, p. 62‑74.



[1] Patricia Kennett et Masami Iwata, « Precariousness in Everyday Life: Homelessness in Japan », International Journal of Urban and Regional Research, 27-1, 2003, p. 62.
[2] Ibid., p. 65.
[3] Les auteures emploient le terme « rough sleeper », qui désigne les personnes dormant dans les rues ou les espaces publics comme les parcs. Le terme « homeless », quant à lui, englobe aussi les personnes n’ayant pas de domicile fixe mais qui résident dans des hôtels ou des dortoirs.
[4] Miki Hasegawa, We Are Not Garbage! The Homeless Movement in Tokyo, 1994-2002, Florence, Taylor and Francis, 2012, p. 36.
[5] P. Kennett et M. Iwata, « Precariousness in Everyday Life »..., op. cit., p. 66.
[6] Tony D. Guzewicz, Tokyo’s homeless : a city in denial, Huntington, N.Y., Kroshka Books, 2000, p. 76.
[7] P. Kennett et M. Iwata, « Precariousness in Everyday Life »..., op. cit., p. 69.
[8] Ibid., p. 70.
[9] T.D. Guzewicz, Tokyo’s homeless : a city in denial..., op. cit., p. 61.
[10] P. Kennett et M. Iwata, « Precariousness in Everyday Life »..., op. cit., p. 70.

Friday, December 7, 2018

Inégalités et ségrégation à Taipei


Depuis la démocratisation et la libéralisation politique des années 1980 et 1990, la société taïwanaise connaît de nombreux bouleversements. Avec cela, la question des inégalités et de la ségrégation évolue également et commencent à être considérées par les chercheurs chinois et taïwanais.
Les inégalités actuelles sont en majorité causées par la différence entre les strates sociales qui se creuse de plus en plus mais aussi par de nombreux autres facteurs tels que l’ethnie ou le genre par exemple. Mais en plus de ces discriminations fondées sur des caractéristiques innées, des ségrégations se créent également autour des problèmes sociaux majeurs présents dans la ville.
Selon les sociologues, les quatre grands marqueurs d’inégalités à Taïwan seraient la pauvreté, le chômage, les minorités ethniques et la migration ou l’expatriation. Les trois principales sources de ségrégation quant à elles seraient le genre, l’ethnie et la classe sociale. De plus, ces critères se croisent et les inégalités continuent de se creuser et de se complexifier.
Au sein même de la ville de Taipei, les inégalités sont physiquement matérialisées. En effet, les accès aux commodités, aux lieux d’éducation ou de buisness sont régulés par les transports. Les moins aisés, les chômeurs, les aborigènes sont ainsi repoussés indirectement de ces lieux car leur accès à ces-dits transports sont limités. Il en est de même pour le marché de l’emploi où certains travaux sont proposés uniquement à une catégorie spécifique de la population, empêchant les défavorisés d’accéder à une meilleure condition et à un meilleur niveau de vie.
Dans la ville, les inégalités ne sont pas directement visibles ou marquées mais elles sont pourtant une réalité sociale qui s’accentue en même temps que ces populations sont marginalisées physiquement et repoussées dans certains quartiers et certains emplois.  


Chloé Alcaïno

Thursday, December 6, 2018

Synthèse article : Residential segregation and perceptions of social integration in Shanghai, China


            Cet article tente de comprendre dans quelle mesure la perception de l’intégration des migrants ruraux dans les mégalopoles chinoises influence cette même intégration, en prenant comme exemple la situation de Shanghai. Il cherche également à démontrer comment les mesures gouvernementales mises en place sont devenues un véritable frein à cette intégration.
            Avant de se pencher sur les données récoltées lors de cette étude puis sur les conclusions qui en ont été tirées, il faut commencer par éclaircir quelques spécificités de la situation chinoise mais aussi redéfinir certains termes essentiels pour une parfaite compréhension des enjeux en présence.

            Premièrement, l’article précise la signification du terme « intégration sociale ». Il s’agit d’un processus de mise en relation puis de fusion de différents groupes socio-économico-culturels. Il indique également que dans ces circonstances, il y a toujours un groupe minoritaire et un groupe dominant. Cette intégration peut être étudiée selon deux points de vue distincts. La perspective objective ou factuelle peut être aisément analysée grâce à une collecte de données alors que la perspective subjective est bien moins évidente à appréhender. Pour autant, cette dernière est fondamentale car elle a une véritable influence sur la perception que les deux groupes ont l’un de l’autre et par conséquent sur l’intégration. Une bonne compréhension de cette perspective permet de mettre en place des mesures qui montreront des résultats incontestables.
            De plus, la migration interne en Chine est bien particulière et a pu être étudiée grâce à celles ayant eues lieu au cours de l’Histoire en Europe ou aux États-Unis. L’Empire du milieu est en train de vivre une révolution urbaine ayant pour conséquence la plus grande migration humaine de l’Histoire. En l’an 2000, un recensement officiel affirmait que cent dix sept millions de chinois vivaient ou avaient vécu plus de six mois hors de leur région natale. En 2010, ce chiffre a augmenté de 81% pour atteindre les deux cent soixante-et-un millions de personnes.
            Shanghai, en tant que plus grande ville du pays et centre financier, est devenue au fil du temps une ville particulièrement attractive pour les migrants arrivant de l’intérieur des terres. En 2013, le Shanghai Statistical Report a montré que 41% de la population shanghaienne, soit environ neuf millions neuf cent mille personnes, étaient des immigrés.
            Comme expliqué précédemment, la migration interne à la Chine est extrêmement particulière car il n’est pas toujours le fruit d’une décision personnelle mais peut également être motivée par les institutions gouvernementales, telles que le hukou, le passeport interne. Il est important de noter que sans l’accord des autorités de la ville de destination, les migrants ne bénéficient d’aucune aide pour trouver un logement, par exemple, ou bien pour que les enfants accèdent à l’école publique. Cela complexifie donc énormément l’intégration des migrants ruraux dans les grandes villes. En règle générale, les migrants vivent dans des quartiers pauvres ou bien directement sur les chantiers où ils travaillent. Cette ségrégation peut avoir de profondes conséquences sur leur intégration dans la société citadine.
            L’article met en lumière un certain nombre de données permettant de mieux comprendre la perception qu’ont les migrants sur leur intégration mais aussi qu’ont les citadins sur le sujet. Tout d’abord, 40% des personnes interrogées considèrent que les migrants sont bien mis à l’écart de la société urbaine alors que 45% réfutent ce postulat. Seul 15% des individus questionnés sont indécis sur le sujet. De plus, on remarque que seulement 34% des citadins reconnaissent l’exclusion sociale des migrants alors que 51% la nient. Cependant, lorsque ces immigrants sont interrogés, 55% affirment être exclus de la société mais 31% pensent le contraire. Tout ceci expose parfaitement la différence de perception des citadins et des migrants sur la situation de l’intégration de ces derniers dans la société.
            Un autre élément intéressant à étudier est de savoir dans quelle mesure les migrants sont perçus comme une menace ou non pour la société. Sur l’ensemble des personnes interrogées, 52% pensent qu’effectivement ces nouveaux venus sont un danger. Seulement 28% des interrogés affirment que ce n’est pas le cas et 20% restent indécis. En analysant plus en avant ces chiffres, on observe que plus de 61% des citadins se sentent menacés par la présence des migrants ruraux dans leur ville. Seulement 20% réfutent cette idée et 18% ont un avis incertain. Du côté des nouveaux arrivant, 31% confirment le fait qu’ils sont un danger et 44% s’y opposent totalement.
            D’autres facteurs individuels comme l’éducation influencent également l’avis que les personnes peuvent avoir sur le sujet. De plus, au niveau de l’organisation sociale, l’indicateur principal de l’intégration des migrants est la ségrégation spatiale. Lorsque ces derniers vivent dans des communautés homogènes, ils s’accordent sur leur exclusion sociale. Cependant, la proportion de migrants présents dans les groupes sociaux citadins n’influence en aucun cas leurs avis sur cette question. On peut toutefois remarquer que le fait de vivre en communauté tend à effacer les différences de perceptions entre les habitants urbains et les migrants.
            Ces différentes données démontrent parfaitement à quel point le hukou, la place dans la société, influence la perception que les individus ont de la situation. Elles nous permettent donc de tirer un certain nombre de conclusions.
           
            On peut tout d’abord affirmer avec certitude que plus la Chine deviendra une nation industrialisée, plus le nombre de migrants voulant s’installer dans les grandes villes sera important. De plus, on constate que la deuxième génération de migrants, ceux née dans la ville, ont tendance à ne jamais revenir à leurs origines rurales. Ils continuent toutefois à être considérés comme des migrants et n’obtiendront donc pas les mêmes droits ni les mêmes aides du gouvernement que les citadins car leurs hukou n’est pas enregistré dans la ville. Cette barrière institutionnelle représente un véritable frein à l’intégration des migrants, de qui devient un grave problème de société.
            À Shanghai, bien que, comme partout dans le pays, les citadins n’ont pas conscience du problème d’exclusion des migrants, ils continuent à les considérer comme une menace pour la sécurité de la mégalopole. On remarque donc que la discrimination institutionnelle instaurée par le hukou semble avoir créé une barrière infranchissable entre les perceptions de l’intégration des migrants et par conséquent l’empêche totalement.
            En conclusion, les perceptions sur la question de l’intégration sociale des migrants est influencée principalement par l’origine des individus, les interactions entre les différents groupes, la ségrégation géographique et donc le hukou. On observe ainsi l’existence d’un cercle vicieux entre le sentiment d’exclusion sociale et cette ségrégation spatiale.  L’intégration des migrants dans les mégalopoles chinoises représente un véritable défi pour les différents acteurs en place, dont le gouvernement. Une réforme totale du hukou semble donc essentielle car elle est la seule solution pour que les migrants obtiennent le même statut économique et social que leurs concitoyens. Elle permettrait de réduire la ségrégation et d’influencer positivement les avis sur cette intégration. En effet, seule une bonne perception de la question rendra possible une véritable intégration des migrants.
            L’article expose cependant les limites de l’étude menée. L’analyse de cette perception subjective ne peut se porter que sur la question de l’exclusion des migrants et du sentiment d’insécurité. Toutes les variables ne peuvent donc pas être prises en compte. De plus, un seul exemple, celui de Shanghai, illustre les données. Il faudrait donc mener de plus amples recherches sur le sujet afin d’avoir une compréhension plus détaillée des enjeux de l’intégration sociale des migrants dans les villes chinoises.


Monday, December 3, 2018

Innégalités et ségrégation dans Séoul

La ville de Séoul avait déjà été témoin de la ségrégation de sa population sous l'occupation japonaise. Le centre de la ville avait été réquisitionné pour les résidents japonais, et les Coréens furent contrains de s'installer dans des zones biens définies.

L'augmentation rapide de la population suite au développement économique du pays a entraîné une saturation dans la capitale, causant à la fois pénurie de logement et augmentation du coût de la vie. Afin de répondre à cette crise, des politiques de désengorgement ont été mises en place, notamment par le développement de la partie sud du fleuve Han, où se situent actuellement les arrondissements de Gangnam, Seocho, et Songpa. Le gouvernement va investir dans cette zone en y construisant de nombreux ensembles d’appartements et établissements scolaires, ainsi qu'en aménagement de nouveaux réseaux routiers. Le sud de la ville va apparaître comme moderne, en opposition avec le nord, considéré comme la vieille ville de Séoul.
Cette différence dans le développement de la capitale va accentuer le fossé entre nord et sud de la ville. Les Coréens vont souhaiter s'installer dans la zone sud, symbole de réussite économique, et le clivage socio-économique va continuer à s'aggraver.

Une forte discrimination est également présente chez les Coréens envers les populations étrangères. Depuis une dizaine d’années, la Corée du Sud connaît pour la première fois une vague d’immigration. Dans un premier temps, ces populations immigrantes provenaient de communautés coréennes situées en Chine ou en Asie centrale. Par la suite, des populations défavorisées d’Asie du Sud-Est sont également venues dans le pays, dont plus de la moitié y travaillent clandestinement. La plupart des travailleurs étrangers sont souvent employés par de petites entreprises ou des entreprises avec un manque de main d’œuvre à des postes sous-payés et considérés comme dangereux. En dehors des étrangers venant dans le pays pour travailler, sont également recensés les conjoints étrangers et les étudiants étrangers.
Malgré les initiatives du gouvernement visant à promouvoir une société multiculturelle, les étrangers demeurent mal acceptés. Les Coréens restent fiers de leur communauté nationale et de leur patrie ; ce nationalisme ethnique et la récence du phénomène d'immigration sont les raisons pour lesquelles les mentalités ont du mal à changer, ou évoluent extrêmement lentement. Le rejet des Coréens a notamment entraîné la création de quartiers « ethniques » dans le centre-ville et en périphérie.

Logiques de migrations urbaines à Séoul

La migration de la population coréenne vers la capitale prend de l'ampleur par le biais de la colonisation japonaise. En effet, par le développement et la modernisation des industries de la capitale dans les années 1910, le besoin de nouvelle main d’œuvre va se traduire par un afflux important de la population rurale vers Séoul.
A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, les habitants dans la ville sont presque quatre fois plus nombreux qu'en 1920, et la migration provenant des populations rurales va s'intensifier. La guerre de Corée va modifier les migrations au sein de la capitale, et les populations seront amenées à se réfugier au sud du pays après que Séoul ait été dévastée. Après la guerre, le retour d'un grand nombre d'expatriés ainsi que l'arrivée de réfugiés nord-coréens vont considérablement augmenter le nombre de la population de la capitale.

C'est cependant sous le général Park Chunghee, que la capitale va connaître une des migrations de population la plus importante. Le développement économique et l'industrialisation rapide découlant de sa politique va contribuer à l'accélération de l’exode rurale, entraînant un déséquilibre démographique au sein du pays. Parmi les coréens quittant les campagnes, les plus nombreux sont les jeunes adultes. Les femmes, en quête d'émancipation, vont également être nombreuses à partir s'installer dans les villes. Cet afflux massif de population entraîne le développement d'un nouveau mode de logement : les Tanji, regroupement de complexes d'appartements. La ville va également s'étendre sur la zone sud-est du fleuve Han.
Entre 1971 et 1980, l'accélération de l’exode rural entraîne la nécessité de sauvegarder les espaces verts afin de préserver l'environnement. La politique de la ceinture verte est mise en avant, et permet de réguler la densité de la population ; une migration va se faire de la ville à la périphérie. La capitale ayant vu une hausse des prix suite à son développement, les populations vont avoir tendance à quitter Séoul et s'installer dans les villes satellites situées en périphérie.

Aujourd'hui, la capitale continue d'attirer les populations. Comme pour la majorité des capitales dans le monde, Séoul demeure le centre politique, économique et culturel du pays. Les étudiants s'y rendent pour accéder aux meilleures universités et les travailleurs afin d'y trouver un emploi. Il reste cependant commun que les personnes déménagent par la suite ou préfèrent d’ambler s'installer en périphérie, puisque plus abordable en terme de prix que la capitale.