Tuesday, December 21, 2021

Portrait de ville : Nagasaki (AURIACH, COQ, PLY)

 

      Pour ce devoir, nous avions à l’origine choisi de parler de la ville de Tokyo et ses changements au cours de la Restauration de Meiji. En dehors des sources concernant les changements politiques de cette époque, peu de sources parlaient de la ville même de Tokyo. Nous avons donc décidé de changer de ville. Le choix s’est porté sur Nagasaki car nous avions toutes les trois des intérêts communs à étudier cette ville, que ce soit pour notre plaisir personnel ou nos sujets de Mémoires, son histoire est aussi moins connue que celle d’Hiroshima.


Nagasaki est le chef-lieu de la préfecture du même nom. La ville se trouve à l'ouest de l’île de Kyushu, au sud du Japon. Ville à l’histoire particulière marquée par les influences étrangères, son caractère multiculturel la démarque des autres villes japonaises. Elle possède de nombreux quartiers et monuments historiques atypiques tels que sont quartier chinois Shinchi ou l’île artificielle de Dejima. Elle est cependant surtout connue comme étant la seconde ville à avoir été détruite par la bombe atomique, ce qui la rend particulièrement intéressante sur le plan de l’urbanisation du fait des choix que la ville a dû faire au moment de sa reconstruction. Cet élément est aussi l’une des raisons principales qui provoque l’intérêt des touristes.



Figure 1 : Vue sur la ville de Nagasaki
Figure 2 : Préfecture de Nagasaki


Histoire des influences étrangères

Nagasaki est perçue comme une ville exotique du point de vue des Japonais. Ceci est aisé à comprendre quand on sait que la ville trouve son origine-même chez les étrangers. Parmi ces dernières, on compte deux influences majeures : portugaise et hollandaise.

L’influence portugaise est à l’origine de la ville. Quand Nagasaki n’était qu’un petit village portuaire, un navire d’évangélistes portugais envoyés en mission s’échoue sur une de ses plages en 1571. Par ce hasard débute un commerce prospère avec les navires portugais. Les navires chinois de la dynastie des Ming 明 suivent et le port de Nagasaki connaît un essor rapide. Commence alors la période  du « commerce avec les barbares du sud », nanban bôeki jidai 南蛮貿易時代. En 1580, le seigneur Ômura Sumitada 大村純忠 offre le port aux jésuites. Le port de Nagasaki devient alors « une sorte de colonie portugaise servant aux missionnaires et marchands portugais de centre d’évangélisation et de commerce pour le Japon de l’Ouest ».

        Si les jésuites avaient à l’origine été autorisés à apporter leur religion étrangère sur l’île par le daimyo, le seigneur de la guerre local de l’époque, Oda Nobunaga, c’était afin de créer un contrepoids aux bouddhismes de la Terre Pure et Tendai, avec lesquels le shogun était en guerre. Mais l’île de Kyûshû voit désormais son nombre de chrétiens augmenter en masse. Toyotomi Hideyoshi, maintenant au pouvoir promulgue un édit d’expulsion des prêtres chrétiens, le bateren tsuihô rei 伴天連追放令 en 1587. Il s’empare des zones clefs de propagation du christianisme et les chrétiens trouvés sont condamnés à de fortes amendes. Commence le début de la période des chrétiens cachés du Japon, les kakure kirishitan 隠れキリシタン. Les persécutions à l’encontre des chrétiens se durcissent rapidement et en 1597, vingt-six chrétiens (vingt Japonais, six étrangers) sont crucifiés publiquement à Nagasaki. Ces personnes sont depuis perçues comme des martyrs et connues sous le noms des « Vingt-six saints martyrs », les nijûroku seijin 二十六聖人.


Figure 3 : Carte vendue au musée des chrétiens, à côté de l’église d’Ôura Tenshudô. reproduction du tableau 「日本二十六聖人殉教図」exposé dans ce même musée

On peut aujourd’hui encore goûter des castella partout dans les rues de la ville ou visiter l’église d'Ōura Tenshudō, aujourd’hui connue sous le nom de basilique des Vingt-Six-Martyrs-du-Japon, construite en face de l’endroit de la crucifixion des chrétiens. La construction de la basilique s’est achevée en 1864, soit juste après l’ouverture du Japon au monde à la fin de la période Edo (1603-1968). C’est un bâtiment désigné trésor national et fait aussi partie des biens culturels qui composent le « Patrimoine des chrétiens cachés de Nagasaki et de la région d’Amakusa » dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle serait la plus vieille église sur le territoire japonais et est un lieu de culte actif. Le musée des chrétiens, kirishitan hakubutsukan キリシタン博物館 est rattaché à l’édifice religieux. On peut y voir des représentations des crucifiés ou tout objets de culte utilisés par les chrétiens cachés de l’époque, dissimulés dans d’autres objets pour ne pas divulguer leur véritable foi, ou les objets utilisés pour démasquer les chrétiens cachés etc.


Figure 4 : Eglise d'Ōura Tenshudō


    Le deuxième lieu incontournable de Nagasaki est la cathédrale de l’Immaculée-Conception, urakami kyôkai 浦上天主堂. Elle a été édifiée en 1895 dans le quartier d’Urakami à Nagasaki, à l’époque où la persécution des chrétiens cesse, sous la supervision du père Pierre Théodore Fraineau (prêtre français d'Urakami depuis 1888). Elle est ensuite détruite par la bombe atomique en 1945 et reconstruite en 1959. Elle a toujours son style français reconnaissable et abrite la Vierge de Nagasaki, célèbre pour avoir été retrouvée intacte dans les ruines de l’église après le bombardement. C’est aussi un lieu symbolique de la persécution des chrétiens au Japon et de leurs souffrances. Le parc de la paix est rattaché à l’édifice religieux.


Figure 5 : Cathédrale de l’Immaculée-Conception de Nagasaki

Avec l’ouverture du port de Nagasaki au commerce, des étrangers de nombreux endroits avaient accès au Japon. Mais le shogunat décide de fermer le Japon et prend prétexte de la révolte de Shimabara,  shimabara no ran 島原の乱 de 1637 pour expulser les Portugais. Seuls les Hollandais sont autorisés à rester au Japon. La révolte de Shimabara est connue comme une révolte chrétienne car de nombreux chrétiens y ont participé. Les Hollandais ont gagné leur droit de séjour au Japon en aidant les autorités japonaises à mettre fin à cette révolte grâce à leurs navires de guerre. Ils pouvaient ainsi rester au Japon, mais confinés dans l’île artificielle de Dejima 出島, dans la port de Nagasaki. Le seul commerce extérieur officiellement autorisé s’y faisait sous la surveillance du bakufu, le gouvernement militaire. Cette île est la trace la plus flagrante de cette présence hollandaise.

De nombreux autres lieux portent des traces étrangères. On peut entre autres noter le temple Kōshi-byō 孔子廟, un temple confucéen à Nagasaki. Il a été construit par le gouvernement Qing en 1893. Un musée d’histoire chinoise est rattaché à ce temple.



   Figure 6 : temple confucéen de Nagasaki

A partir de 1720, la censure autour des livres hollandais est levée, et Nagasaki devient le centre des études hollandaises, rangaku 蘭学, les Japonais s’y pressent pour y apprendre la langue et les sciences.

De la fermeture du pays en 1639 jusqu’à sa réouverture en 1859 le commerce a perduré à perduré dans le port de Nagasaki, mais c’est après la réouverture du pays que la ville s’est de nouveau illustrée avec ses activités commerciales et industrielles, aussi bien dans le domaine de la pêche que de la construction navale moderne. C’était une ville économiquement prospère avant 1945. 

 

Bombe atomique et reconstruction

            Le 9 août 1945, la ville portuaire de Nagasaki est touchée par le feu nucléaire de Fat Man, la bombe au plutonium lâchée par les Etats-Unis. Trois jours plus tôt, c’était Hiroshima qui subissait le même sort, à un degré plus destructeur encore. En effet, si techniquement Fat Man était plus puissante que Little Boy, les montagnes de Nagasaki ont permis de réduire la puissance destructrice de la bombe, épargnant une bonne partie de la ville. C’est malgré tout 36% de la ville qui est réduite en cendres et plus de 74 000 personnes qui meurent en 1945, que ce soit lors de la déflagration ou des suites de l’exposition aux radiations. Les premiers mois, la reconstruction est difficilement envisageable et la population tente de survivre à son quotidien, abritée par les débris. La zone détruite se situe au nord de la ville, dans la vallée Urakami renommée par les marines américains « La Vallée de la Mort » en raison de son paysage dévasté. 



Figure 7 : Photo de Yosuke Yamahata, le lendemain du bombardement de Nagasaki, à 1 km de l’hypocentre,  10 Août 1945

La reconstruction fut un sujet qui rencontra beaucoup d’avis divergents. Pour certains, il était question de définir une vision de la future ville de Nagasaki. La mairie souhaite rendre à Nagasaki son charme d’antan, en se concentrant sur le passé de la ville qui fut fortement impacté par les pays européens et la Chine. La bombe atomique n’a pas touché les restes de cette histoire particulière pour le Japon. L’île artificielle de Dejima notamment, autrefois unique point de commerce et de relations avec le reste du monde, est toujours là, témoignage d’un passé d’échanges internationaux économiques, scientifiques et culturels. Ainsi, les fonctionnaires appellent à reconstruire la ville comme « ville culturelle internationale », à s’inspirer de ce passé riche. Contrairement à Hiroshima qui a été reconstruite avec pour objectif d’en faire un symbole de la paix, le plan principal pour Nagasaki ne semble alors pas être d’en faire une ville monument pour la mémoire mais plutôt un centre culturel, touristique et tourné vers les échanges internationaux.


Figure 8 : Plan dessiné de l’île artificielle de Dejima, unique lieu d’échanges avec le reste du monde pendant la période Edo (1603-1868), aujourd’hui monument témoin du passé isolationniste japonais.


Toutefois, les populations hibakusha (victimes de la bombe) ne partagent pas cet avis et souhaitent que la ville soit reconstruite de la même manière qu’Hiroshima, en prenant en compte leur vécu et en reconnaissant leur statut de victimes. Leur parole n’est pas entendue. En effet, au contraire d’Hiroshima qui fut touchée en pleins centre-ville, la vallée Urakami de Nagasaki était excentrée de la ville et principalement peuplée par des communautés particulièrement défavorisées comme des travailleurs coréens, des chrétiens ou encore des burakumin (des Japonais qui descendaient de personnes ou qui effectuaient eux même des emplois considérés comme impurs, liés à la mort). La grande majorité des victimes de la bombe atomique étant issue de ces populations, leur opinion n'attire alors pas beaucoup l’attention.

En 1947, la population de Nagasaki vote presque à l’unanimité en faveur d’une loi de « Reconstruction de la ville culturelle internationale » qui embrasse la vision de reconstruction envisagée par la mairie de la ville, permettant à Nagasaki d’obtenir de nouveaux fonds de reconstruction de la part du gouvernement japonais. Ainsi, les nouvelles bâtisses et événements sont généralement affublés du titre de « Culture Internationale » ou alors du mot « paix ». On retrouve néanmoins un désir de conservation de la mémoire de la bombe lorsque la mairie indique souhaiter conserver les ruines de la plupart des monuments de la vallée Uramaki afin de pouvoir justifier de son statut de ville de la paix tout comme Hiroshima. Mais l’exception est faite pour certains monuments dont la Cathédrale de l’Immaculée-Conception, évoquée un peu plus tôt. En effet, la vallée Uramaki fut pendant longtemps une région où les chrétiens persécutés se sont cachés (pendant plus de quatre siècles) et l’importance historique de ce monument aux yeux de la population chrétienne encore très présente à Nagasaki encouragea sa reconstruction et sa préservation. Cette décision fut cependant fortement puisque les victimes de la bombe atomique, qui n’étaient pas forcément chrétiennes, estimaient que l’histoire de la vallée Uramaki n'appartenait plus seulement aux chrétiens et que la conservation de la bâtisse en ruines était tout aussi importante pour le travail de mémoire. La cathédrale a donc été reconstruite à l’endroit exact, et les ruines ont été déplacés de quelques mètres, dans le parc de la paix.



Figure 9 : Cathédrale de l’Immaculée-Conception détruite par la bombe Fat Man, dans la vallée Urakami.

Nagasaki s’est donc reconstruite avec un plan complètement différent de celui d’Hiroshima, cherchant à se focaliser sur ses forces plutôt que sur sa condition de ville détruite par la bombe atomique, omettant parfois la volonté des victimes des bombes de rendre hommage à leur histoire. C’est peut-être pour cette raison qu’Hiroshima vient à l’esprit en premier lorsqu’on pense à la bombe atomique, que ce soit au sujet des victimes ou de la paix. Le plan pour Nagasaki était d’envisager un avenir aussi fructueux que son passé.


L’économie de Nagasaki, le tourisme 

            Bien que l’économie de Nagasaki se situe également dans le commerce, avec son port et son libre accès dans bon nombre de villes et de pays côtiers, le tourisme y prend une place tout aussi importante. D’un côté, nous trouvons le dark tourisme ou tourisme noir, assez unique à Nagasaki compte tenu de son passé avec la bombe atomique et de son histoire avec les chrétiens cachés d’autrefois, et de l’autre, nous trouvons le tourisme un peu plus culturel, avec ces festivals et ces spécialités très singulières de Nagasaki et de la culture étrangère. 

        Le tourisme noir, parfois appelé thanatourisme, est un tourisme qui se centre sur des faits obscurs, ou relatant de la mort de bon nombre de personnes. Il est souvent, si ce n’est toujours, historique. L’exemple le plus populaire est le tourisme autour du camp Auschwitz, un moyen en quelque sorte de favoriser la mémoire de masse et de sensibiliser sur ce qui s’est déroulé dans ce lieu. Par ce même principe, Nagasaki est populaire pour son musée de la bombe atomique afin de rappeler les horreurs de la guerre, avec des photos des conséquences de la bombe, des témoignages de survivants et un mémorial national de la paix, proche du musée, pour ne pas oublier les victimes de ce massacre. Il relate ainsi l’histoire de la ville, avant, et puis après la bombe atomique. 

        Ce n’est pas le seul endroit sombre et touristique de la ville pour autant, puisque Nagasaki propose également un tour de douze sites en lien avec les chrétiens cachés du Japon mentionnés au début. Ces sites ont été classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2018, et incluent un village où se trouvaient les chrétiens cachés et une église catholique. L’importance de ces sites pour le tourisme est de partager les rituels et l’héritage laissés par les chrétiens cachés à Nagasaki, plus que de démontrer les persécutions dont ils ont été victimes. Cela n’en reste pas moins un tourisme noir puisqu’il s’agit de tourisme engagé autour de groupes persécutés et morts, et très touchant pour les communautés religieuses.



Figure 10 : Cathédrale Urakami, située dans la ville de Nagasaki. Elle avait été détruite par la bombe (figure ?) mais reconstruite en 1959.


            Le tourisme autour de Nagasaki n’est cependant pas toujours sombre, et témoigne aussi de richesses culturelles venues de l’étranger. La ville abritait beaucoup d’étudiants et de personnes chinoises, ainsi s’est rapidement développé Chinatown, qui demeure encore aujourd’hui un endroit très populaire et touristique, de part les spécialités culinaires présentes mais aussi, pour son Lantern Festival. Pour commencer, ce festival n’était célébré que par les résidents chinois de Nagasaki, et servait notamment à célébrer le nouvel an chinois. En 1994, il a été nommé en tant que « Nagasaki Lantern Festival » ou festival des lanternes de Nagasaki, et s’est de plus en plus popularisé depuis, devenant le festival de lanternes le plus célèbre au  Japon. Désormais partie intégrante de la ville, le festival accueille tous les ans des touristes de tout le Japon, et des touristes étrangers qui se déplacent pour observer et admirer plus de quinze mille lanternes éparpillés dans le centre de Nagasaki et aux alentours, jusqu’à Chinatown.  Les célébrations s'étalent sur un peu plus de deux semaines, avec des spectacles en tout genre, comme des parades ou des danses. 





Figure 11 : Une des nombreuses installations lumineuses du festival des lanternes de Nagasaki.


Dejima est sans aucun doute le quartier le plus visité lors des voyages touristiques. Anciennement quartier des résidents étrangers lors de la fermeture du Japon à l’Occident, Dejima est un îlot qui accueillait les Hollandais et le peu d’étrangers alors autorisés à entrer sur le territoire japonais. Désormais ouvert au public, Dejima est devenue une sorte de musée grandeur nature, avec des bâtiments d’époque et d’autres qui ont été reconstruits pour l’occasion. Il est d’ailleurs possible de traverser les rues de Dejima tout en étant vêtu d’un kimono, une attraction très populaire pour les touristes étrangers. D’autant plus qu’en arpentant les lieux de Dejima ou de Nagasaki, les touristes peuvent rencontrer des chats qui se baladent eux aussi ! En effet, les chats de Nagasaki, appelés shippo magari neko, ou « les chats qui tournoient leur queue », étaient utilisés pour surveiller la nourriture dans les bateaux du port de Nagasaki, et veiller à ce que les souris ne pillent pas les marchandises et les stocks. Ils sont désormais très nombreux dans la ville, et considérés eux aussi comme des « biens » touristiques.




Figure 12 : Les rues de l’îlot Dejima, où nous pouvons témoigner des bâtiments reconstruits mais toujours au goût de l’époque pour garder une image du passé.




        Si Nagasaki est connue au niveau mondiale pour avoir été la cible d’une bombe atomique, son histoire est donc en vérité bien plus riche. En effet, la ville porte les traces d’un passé aux influences bien antérieures et diversifiées que ce qu’on en connaît généralement. Entre les traces du passage des Portugais, des Hollandais ou des Chinois, le souvenir de la traque des chrétiens, l’épreuve de la bombe et sa reconstruction, Nagasaki a su attirer les touristes en jouant de son passé hétéroclite et original. Nagasaki est aujourd’hui une ville à l’attrait touristique pour les raisons expliquées au dessus, et économique, grâce à son port et son commerce varié.




BIBLIOGRAPHIE 

 

DIEHL CHAD R., « Envisioning Nagasaki: from ‘atomic wasteland’ to ‘international cultural city’, 1945–1950 » dans Urban History, 41-3, 2014, p. 497‑516.

CULLEN Louis, « Statistics of Tokugawa Coastal Trade and Bakumatsu and Early Meiji Foreign Trade », Japan Review, 21, 2009, p. 183‑223.

CULLEN Louis, « Statistics of Tokugawa Coastal Trade and Bakumatsu and Early Meiji Foreign Trade, Part 2: Trade in Bakumatsu and Early Meiji Times », Japan Review, 22, 2010, p. 59‑102.

CULLEN Louis, « Japanese Archives: Sources for the Study of Tokugawa Administrative and Diplomatic History », Japan Review, 25, 2013, p. 33‑65.

CULLEN Louis, « The Nagasaki Trade of the Tokugawa Era: Archives, Statistics, and Management », Japan Review, 31, 2017, p. 69‑104.

EARNS Lane, « The Foreign Settlement in Nagasaki, 1859–1869 », The Historian, 56-3, 1994, p. 483‑500.

IWAO Seiichi, IYANAGA Teizō, ISHII Susumu, YOSHIDA Shōichirō, FUJIMURA Jun’ichirō, FUJIMURA Michio, YOSHIKAWA Itsuji, AKIYAMA Terukazu, IYANAGA Shôkichi et MATSUBARA Hideichi, « 11. Nagasaki », Dictionnaire historique du Japon, 15-1, 1989, p. 42‑43.

IWAO Seiichi, IYANAGA Teizō, ISHII Susumu, YOSHIDA Shōichirō, FUJIMURA Jun’ichirō, FUJIMURA Michio, YOSHIKAWA Itsuji, AKIYAMA Terukazu, IYANAGA Shôkichi et MATSUBARA Hideichi, « 359. Shimabara no ran », Dictionnaire historique du Japon, 18-1, 1992, p. 35‑35.

KAWASHIMA, Tinka Delakorda, « The Authenticity of the Hidden Christians’ Villages in Nagasaki: Issues in Evaluation of Cultural Landscapes » dans Substainability, vol.13, no.8, 2021 

KOUAME Nathalie, « Japon : le « siècle chrétien ». Son historiographie et ses lieux de mémoire », Histoire et missions chretiennes, 4-4, 2007, p. 170‑182.

MCCLELLAND Gwyn, « Guilt, Persecution, and Resurrection in Nagasaki: Atomic Memories and the Urakami Catholic Community », Social Science Japan Journal, 18-2, 2015, p. 233‑240.

PINGUET Catherine, « Littérature de la bombe » Silences et dénis – Hiroshima-Nagasaki, Revue Chimères, no 62, 2006, p. 89-118

ROJAS Luc, « The experience of Dejima island or the birth of a culture of thecirculation of the scientific and technical information in Japan. », Revue internationale d’intelligence economique, 2-2, 2010, p. 295‑305.

WATANABE-MOLLE, Odile Marie Geneviève, De l'exotisme : Loti et Nagasaki, Université de Nagasaki, Nagasaki, 1996 

YAMADA, Keiichi,  Dark Tourism 2: Distortion of the Context and Hidden Christian Sites, Université de Nakamura Gakuen, Fukuoka, 2019. 

ダークツーリズム考(2) ~コンテクストのねじれと潜伏キリシタン関連遺産~



Sitographie 

 

Site officiel du tourisme de la ville de Nagasaki, page sur le Lantern Festival 

https://travel.at-nagasaki.jp/en/what-to-see/62/ (dernièrement consulté le 20/12/2021)

 

Site de l’Office National du Tourisme Japonais, page sur le Musée de la bombe atomique de Nagasaki 

https://www.japan.travel/fr/spot/746/ (dernièrement consulté le 20/12/2021) 

 

Site du tourisme du Kyushu, page sur les chats shippo magari 

https://www.welcomekyushu.jp/article/?mode=detail&id=456 (dernièrement consulté le 20/12/2021) 

 

Site officiel du temple confucéen et du musée d’histoire chinoise

https://nagasaki-koushibyou.com/about (dernièrement consulté le 20/12/2021)

 

Article de presse proquest

 

« Nagasaki is proud of its foreign airs: DESPITE being almost levelled by an atomic bomb during World War II, Nagasaki still draws millions of visitors from inside and outside Japan each year. JAMES MELVILLE soaks up the sights and rituals Travel - ProQuest », https://www.proquest.com/docview/1540597888/B7ABE12358DF4AC6PQ/2.

 


Portrait de ville : Taipei (Mathilda RENOUD-LIAT et Noémie MULLER)

Mathilda RENOUD-LIAT M2 LCSA

Noémie MULLER M2 LCSA


Portrait de ville : Taipei


Introduction


Taipei, (台北) qui signifie littéralement le nord de Taïwan, est la capitale de Taïwan.  Située au milieu du bassin de Taipei, la ville est entourée de montagnes et a une superficie totale de 271,8 km².  Géographiquement, la juridiction de la ville de Taipei est entourée par la nouvelle ville de Taipei.  Taipei est l'une des villes les plus densément peuplées du monde, avec une densité de population moyenne de 9 942 habitants par kilomètre carré. Le développement de la ville de Taipei s’est effectué en fonction de l’évolution historique de Taiwan et a toujours répondu à des enjeux politiques, économiques et environnementaux auxquels le pays a fait face. 


I.Enjeux économiques et touristiques


Quand Taipei est devenue une colonie japonaise en 1985, la ville a connu une phase importante de développement urbain. Elle est ainsi devenue le centre économique, politique et culturel de Taiwan. Pendant la phase occupation de 1895 à 1945, Taipei s’est développée dans ses infrastructures, et ses activités économiques se sont concentrées dans les nouveaux quartiers d’affaires construits à Ximending 西門町, en 1914. 

Par la suite, lors de l’arrivée du Guomindang à Taiwan en 1949, Taipei a connu une réforme agraire, qui a contribué à la croissance économique. Des zones industrielles sont créées et la population rurale excédentaire est encouragée à se tourner vers l'industrie manufacturière. L’intervention de l'État dans le processus à permis une transition économique rapide. Ainsi, les produits issus de l’agriculture transformés constituent les principaux produits d’exportation et mettent en circulation beaucoup de devises étrangères dans les années 1950 et 1960. Taiwan rejoint donc l'économie mondiale en se lançant dans la fabrication et dans l'assemblage avec une main d’œuvre importante bon marché. Taipei sert ainsi de centre économique majeur pour l'économie axée sur les exportations, reliant Taïwan au marché mondial grâce à son rôle dominant dans le secteur des services[1].


Figure 1 : Vue à vol d'oiseau de Taihoku (Taipei), avant 1945 (source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Taipei_Taihoku_Oveview_01.jpg)

Entre 1974 et 1979, le gouvernement met en place un programme national des « dix principaux projets de construction » shi da jianshe 十大建設  pour développer le transport et l’industrie. Dans les années 1980, à la suite de la démocratisation,la gouvernance urbaine de Taipei s’est restructurée, pour passer d’un état centralisé à un état local autonome. Cela a également mené à l’essor d’une société civile, où les citoyens ont commencé à exercer leur influence sur des affaires publiques[2]. 

De ce fait, à partir des années 1980, Taipei a connu un processus de restructuration urbaine notamment étant donné la migration importante des travailleurs, le développement des transports, ainsi que par l’évolution de l’industrie manufacturière vers une industrie des technologies.  Ces facteurs ont n'ont pas favorisé une image positive de la ville. En réponse au déclin environnemental et industriel de ces centres urbains, les gouvernements locaux ont utilisé le tourisme urbain pour promouvoir des politiques de développement visant à améliorer la compétitivité des villes. 



Figures 2 et 3 : Taipei à la fin des années 1970 (à gauche), Taipei dans les années 1990 (à droite) (sources : https://www.flickr.com/photos/gedawei/3354954421/in/photostream/ 

www.taiwanpanorama.com.tw/Articles/Details?Guid=0ea36a97-5619-4715-9b98-e27ed3d15d78&langId=3&CatId=10)


Une des stratégies pour promouvoir le tourisme a été d’accueillir des événements internationaux, comme la Taipei International Flora Exposition de 2010, qui est un des projets de conception environnementale du gouvernement de la ville de Taipei visant à promouvoir la croissance de la floriculture, à stimuler l'économie et à améliorer l'image de la ville de Taipei dans la communauté internationale. Ce type d’événement peut ainsi créer des lieux de tourisme urbain en aidant la ville à devenir non seulement plus attractive pour les touristes, mais participe également au développement. De plus, lorsque des événements touristiques sont mis en place, cela permet aussi de remettre en question les infrastructures existantes tels que les systèmes de transport, de signalisation routière, ou encore la construction de logements publics[3]. Ainsi, même si ces politiques d’aménagements ont pour but premier d’améliorer l’économie taïwanaise en général, elles permettent d’améliorer le paysage urbain de Taipei.  


Figure 4 : Vue du nord au sud du hall d'exposition de la Taipei International Exposition, 2010. (source : https://en.wikipedia.org/wiki/Taipei_International_Flora_Exposition)



II. Points attractifs et mesures


​​La politique de développement de Taipei s’est orientée depuis quelques années vers un désir de mondialisation et de compétitivité avec les autres grandes villes du monde. Étant la capitale de Taiwan, Taipei est la vitrine du pays et doit présenter les bons aspects politiques, urbains et environnementaux de l’ensemble du pays. Par conséquent, le gouvernement taiwanais s’est attelé à mettre en place des mesures visant à améliorer le tourisme et l’environnement de la ville pour attirer les investisseurs étrangers.

 

Dans un désir de développement mondial de la ville par le soft power [4], moyen pour qu’un État influence et oriente les relations internationales en sa faveur par un ensemble de moyens autres que coercitifs, par exemple, la culture, la ville de Taipei a connu de nombreuses innovations dans son paysage urbain.

 

Tout d’abord, la ville de Taipei a accueilli depuis 1998 de nombreux événements internationaux qui ont permis à la ville de faire son entrée sur la scène internationale. En 1998, le Forum Mondial des Capitales a eu lieu à Taipei. Puis il y a eu la Coupe du Monde de Baseball en 2001 et 2007, le Championnat du Monde de Futsal en 2004, les Jeux Internationaux Silencieux en 2009, la International Flora Exposition en 2010, l’Exposition Mondiale de Design en 2011, a été nommée Capitale mondiale du Design en 2016 et enfin, a accueilli l’Universiade d’été en 2017.

L’organisation de tous ces événements internationaux à Taipei a permis de créer un lieu de tourisme urbain plus attrayant au niveau international. A ces occasions, des monuments modernes ont été construits et le paysage urbain a été modifié afin de répondre aux attentes d’une ville qui deviendrait mondiale.

La ville a pu traiter certains des problèmes auxquels elle faisait face en comprenant la conception et la construction de davantage de logements publics, une meilleure planification des rues et des mesures de contrôle des inondations, ainsi que la conception de meilleurs systèmes de transport, de pistes cyclables et de meilleurs panneaux de signalisation. Il s'agit à la fois physiquement et culturellement de moderniser l'économie et d'attirer plus de touristes étrangers.

 

Par ailleurs, afin de promouvoir le développement de Taipei à l’échelle mondiale, la ville mise sur la modernisation de son environnement urbain. En 2004, le gratte-ciel Taipei 101 a été construit. Ce bâtiment était le plus haut gratte-ciel au monde de 2004 à 2010 avec une hauteur de 828m. L'architecture du bâtiment est un symbole de l'évolution technologique et de la tradition asiatique en incorporant des éléments traditionnels. En 2014, le Taipei Performing Arts Centre fut construit par le célèbre architecte néerlandais, Rem Koolhaas, ayant remporté le premier prix d’un concours de design. Le centre est un centre d’art performatif accueillant des représentations artistiques venues du monde entier. Cet établissement renforce l'image de Taipei en tant que centre culturel international.[5]


 

Figures 5 et 6 : Photographies du gratte-ciel Taipei 101 (image à gauche) et du Taipei Performing Arts Centre (image à droite) (sources : paristaiwan.com et 4corners7seas.com)

 

En plus de la modernisation du paysage urbain, la ville de Taipei a connu une valorisation des monuments historiques et de l’histoire de Taipei dans ses projets urbanistes.

En 2014, le gouvernement local a lancé une série d'événements pour célébrer le 130e anniversaire des murs de la préfecture de Taipei. Certains projets d'architecture paysagère ont été menés à l'endroit où se trouvaient autrefois les murs de la préfecture et la porte ouest démolis par le gouvernement colonial japonais. Des œuvres d'art ont été installées dans l’enceinte de la ville rappelant son histoire et sa culture au travers d’œuvres modernes.

Parmi elles, on trouve une statue représentant Liu Ming-chuan, un officier de la dynastie Qing, premier gouverneur de Taiwan connu pour ses efforts pour la modernisation de Taïwan.[6] On trouve aussi dans un parc de la ville la statue de l’écrivain et compositeur taiwanais, Lee Lin-Chiu, un des auteurs les plus connus de Taiwan né à Taipei.


 Figures 7 et 8 : Statues de Liu Ming-chuan (à gauche) et de Lee Lin-chiu (à droite) (sources : 4corners7seas.com et paristaiwan.com )

 

Ensuite, Taipei s’est engagé depuis 2018 dans le projet d’une ville intelligente, une « smart city ». Le concept de « smart city » est un concept de développement urbain qui consiste à se servir des nouvelles technologies pour résoudre les problèmes du gouvernement local et des civils. La collaboration et l'intégration entre les « villes » et les « communes » créeront des communautés vivables, facilitant les affaires et favorisant l'innovation pour les civils, les entreprises et le gouvernement.[7]

 

La question environnementale dans la ville de Taipei a longtemps été mise de côté et ce n’est qu’à partir de 2006 que des projets d’amélioration environnementaux urbains ont été mis en place (JIM & CHEN, 2009 : 577) En effet, le « Plan directeur du paysage pour la ville de Taipei » proposé par le gouvernement de la ville de Taipei en 2006 stipulait la nécessité de la conservation de la biodiversité et a incité au développement d’espace verts urbains.

 

La ville de Taipei s'inscrit dans une volonté d’écoconstruction en introduisant le concept d’écologisme dans des grands bâtiments. En 2011, elle reçoit le plus grand prix du système de standardisation Leadership in Energy and Environmental Design (LEEP). Elle devient ainsi la plus grande écoconstruction du monde, bâtiment qui respecte au mieux l’écologie.

 

En 2015, le programme Taipei Garden City a été lancé. Le programme est un nouveau type d'agriculture urbaine qui place des centaines de petits jardins comestibles dans des zones densément construites pour fournir des opportunités de loisirs, une éducation environnementale et de larges avantages environnementaux en engageant les citoyens dans la culture agricole avec des jardins nouvellement créés à la fois sur le sol et sur le dessus des bâtiments. Cela a permis la formation de 733 jardins dans la ville de Taipei en cinq ans, couvrant 19,75 hectares et impliquant 54 013 citoyens. Le programme « Garden City » à Taipei est un nouveau type d'agriculture urbaine qui place des centaines de petits jardins comestibles dans des zones densément construites pour fournir une thérapie horticole, des opportunités de loisirs, une éducation environnementale et de larges avantages environnementaux en engageant les citoyens dans la culture alimentaire.[8]


 

Figure 9 : Un site de Garden City à Taipei (source : farmcity.taipei)


Conclusion

Taipei a eu une croissance économique assez rapide, ce qui lui a permis de positionner Taiwan comme l’un des dragons asiatiques. La ville a connu plusieurs phases d’urbanisation, mais c’est avec la démocratisation du gouvernement qu’elle a réussi à avoir une place plus importante. En effet, l'ancien modèle de développement dominé par l’Etat a été remplacé par des partenariats public-privé promus par la montée en puissance des entreprises et des groupes sociaux, ce qui a conduit à l’essor de la gouvernance entrepreneuriale. Ces dernières années, Taipei a été confrontée à de nombreux défis, et la politique de développement s’est peu à peu dirigée vers la mise en place de mesures pour promouvoir l’attractivité de la ville et rentrer dans la compétitivité.


 

Notes 

1. LI Jie, LIU Xingjian, LIU Jianzheng et LI Weifeng, « City profile: Taipei », Cities, 55, 1 juin 2016, p. 1‑8.

 2. LIU Chun-Ya, « Régimes politiques, développement économique et croissance urbaine de Taiwan », 2020, p. 268.

3. YOUNG Yu Eun, « City branding and urban tourism: a case study of Seoul and Taipei », International Forum on Urbanism, 2012.

4. YU Liang-Gui, « City Image Analysis of Western Taipei  », International Review for Spatial Planning and Sustainable Development, 7-4, 2019, p. 18‑36.

5. YOUNG Yu Eun, « City branding and urban tourism: a case study of Seoul and Taipei », International Forum on Urbanism, 2012

6. YU Liang-Gui, « City Image Analysis of Western Taipei  », International Review for Spatial Planning and Sustainable Development, 7-4, 2019, p. 18‑36.

7. CHANG I-Chun Catherine, Jou Sue-Ching et Chung Ming-Kuang, « Provincialising smart urbanism in Taipei: The smart city as a strategy for urban regime transition », Urban Studies, 58-3, 1 février 2021, p. 559‑580.

8. SHIH Wan-Yu, « Making Spaces for Edible Gardens in Compact Cities: the Taipei Case », The nature of cities, 2 mars 2021. https://www.thenatureofcities.com/2021/03/02/making-spaces-for-edible-gardens-in-compact-cities-the-taipei-case


 Bibliographie


  YOUNG Yu Eun, « City branding and urban tourism: a case study of Seoul and Taipei », International Forum on Urbanism, 2012

LI Jie, LIU Xingjian, LIU Jianzheng et LI Weifeng, « City profile: Taipei », Cities, 55, 1 juin 2016, p. 1‑8.

LIU Chun-Ya, « Régimes politiques, développement économique et croissance urbaine de Taiwan », 2020, p. 268.

SPEARE Alden, Liu Paul K. C. et Tsay Ching-lung, Urbanization and Development: The Rural-Urban Transition in Taiwan, New York, Routledge, 2020.

SHIH Wan-Yu, « Making Spaces for Edible Gardens in Compact Cities: the Taipei Case », The nature of cities, 2 mars 2021. 

CHANG I-Chun Catherine, Jou Sue-Ching et Chung Ming-Kuang, « Provincialising smart urbanism in Taipei: The smart city as a strategy for urban regime transition », Urban Studies, 58-3, 1 février 2021, p. 559‑580.

YU Liang-Gui, « City Image Analysis of Western Taipei  », International Review for Spatial Planning and Sustainable Development, 7-4, 2019, p. 18‑36.