Wednesday, December 1, 2021

Raseon un carrefour géostratégique

Raseon* 라선 est une ville située à l'extrémité Nord-Est de la Corée du nord. Il s'agit de la première Zone Économique Spéciale (ZES) de Corée du Nord créée en 1991 et ce, sous conseil de la Chine qui incite la Corée du nord a laisser les capitaux étrangers investir dans le pays. Raseon inspire donc à devenir le nouveau Shenzhen coréen.

Raseon est un carrefour frontalier avec Vladivostok (Russie) et la région du Jilin (Chine). C'est une ville possédant un port en eaux profonde ce qui pourrait être particulièrement attractif pour les pays étrangers, cependant, de part le contexte historique il est difficile pour les différents acteurs mondiaux d'investir : La Russie est en train de s'effondrer économique et politiquement et n'a de ce fait pas les moyens d'investir dans cette zone et le Jilin est une région relativement pauvre ce qui l'empêche également d'agir sur cette ZES. De surcroît, les États-Unis et l'Europe n'ont que très peu de relations diplomatiques avec la Corée du Nord ce qui rend tout investissement complexe.

La Corée du Nord tente de moderniser Raseon mais c'est une zone trop excentrée qui ne possède pas de potentiel touristique. De surcroît, ses infrastructure vétustes freinent les investisseurs. Malgré tout, cela n'empêche pas la Chine de regarder d'un œil attentif Raseon puisqu'elle possède un potentiel géostratégique très important. Xi Jinping a tout intérêt à investir dans cette ville puisqu'elle lui permettrait d'avoir un accès à la mer et d'approvisionner la région du Jilin plus facilement. C'est dans cette optique que la Chine tente de négocier avec la Corée du Nord pour moderniser les réseaux de chemins de fer et d'autoroutes autour de Raseon pour son projet de la route de la Soie.


MORELE Océane


* la romanisation utilisée dans ce travail est celle révisée de 2000.

Kaesong

La ville de Kaesong est l’ancienne capitale du royaume de Koryo (X-XIVème) et a la particularité d’avoir conservé une partie de ses bâtiments historiques malgré les bombardements américains. Son emplacement tout proche de la DMZ en a aussi fait un symbole dans la politique du rayon de soleil entamée par le président duc-coréen Kim Dae-jong dans le but de rapprocher les deux Corées. Cette politique consistait à ouvrir des villes de Corée du Nord aux Sud-Coréens, pour le tourisme et les affaires.

Pour le tourisme, des bus permettaient d’emmener les touristes jusqu’en Corée du Nord afin d’y passer la journée. Les visites se concentraient ensuite sur les temples, en dehors de la ville, ou les chutes de Pagyon, très célèbres. La cuisine locale était mise en avant, ainsi que des sites historiques tels qu’une ancienne école nationale ou le lieu d’assassinat du dernier premier ministre du royaume de Koryo, célèbre pour sa loyauté à sa dynastie. La ville a été exploité pour ce tourisme inter-Corées entre 2004 et 2016.

C’était aussi là-bas qu’avait ouvert entre 2002 et 2016 une zone industrielle commune aux deux Corées. Des entreprises sud-coréennes telles que Hyundai y avaient investi et construit des usines et profitaient d’une main d’œuvre à faible coût. C’était aussi une source de revenues importante pour le gouvernement nord-coréen qui récupérait la majorité des salaires. La zone a cependant fermé en 2016 suite à une énième crise diplomatique entre les deux Corées.

Kwangju

 

En 1979, après l’assassinat du dictateur coréen Park Chong-hui, les Sud-coréens aspirent à un régime plus démocratique. Cependant, c’est un autre militaire, Chun Doo-hwan, qui s’empare du pouvoir. La priorité est au développement économique, le reste est secondaire. La population montre son désaccord avec sa politique, ce à quoi répond le nouveau chef par la mise en place d’une loi martiale dans toutes les grandes villes du pays ; on parle du « printemps des désillusions » (1980). A Kwangju en particulier, les révoltent prennent de l’ampleur auprès des étudiants et Chun Doo-hwan envoie l’armée pour y mettre fin. Une guerre civile commence et on dénombre environ 3000 morts suite à des échanges de tir entre militaires et étudiants. Les rebelles sont soit tués soit arrêtés. Aujourd’hui encore, un sentiment anti-Séoul demeure dans la ville car de nombreuses victimes sont encore en vie, les acteurs ont très peu été punis, et était encore en vie jusqu’à très récemment.

Au cœur de l’urbanisme de la ville on trouve des traces de ce massacre avec des cimetières et des monuments en hommage aux victimes. On trouve aussi des traces de Kim Dae-jung, président du pays de 1997 à 2002, et qui avait participé aux rebellions. Quand il était au pouvoir, il a tenté de désenclaver la ville en la reliant par des chemins de fer et un aéroport international.

La ville a aussi pour ambition d’être une ville d’artistes et de rayonner partout en Asie. Le bâtiment qui accueille l’Asia culture Center of Kwangju est d’ailleurs l’un des bâtiments principaux où s’était perpétré le massacre de Kwangju, et en symbole, les impacts de balles ont été conservé sur l’un des murs.

Monday, November 29, 2021

Les Zones Economiques Spéciales de Corée du Nord : le cas de Rason

Suite à la chute de l’URSS, le pays n’est plus en mesure de soutenir financièrement la Corée du Nord. Cette dernière se tourne alors vers son autre allié, la Chine, qui lui conseille, pour renforcer son économie, de construire des Zones Economiques Spéciales à l’image de sa propre ZES, Shenzhen. C’est ainsi qu’en 1991 fut bâtit la Zone Economique Spéciale de Rason. Rason se situe au nord-est de la péninsule coréenne et elle compte parmi les plus anciennes et les plus grandes ZES du pays. Puisque Rason fut en réalité la première d’une longue liste de ZES. C’est d’ailleurs sous Kim Jong-un que cette ouverture économique fut accélérée, puisqu’à partir de 2013 dix-neuf autres ZES virent le jour.

Rason a cette particularité d’être située dans une zone géographique stratégique ; elle est à la fois frontalière avec la Russie et la Chine, et, qui plus est, elle a un accès direct à la mer qui a l’avantage de ne jamais geler. Diverses mesures ont également été prises pour rendre cette zone attractive aux investissements.
Pourtant Rason n’a jamais été un réel succès. Le système légal peu fiable ainsi que les sanctions financières à répétitions rendent la zone peu attrayante. Rason se situe également non loin de la zone où le pays réalise ses essais nucléaires.

Malgré un début peu convaincant, il semblerait que la ZES de Rason puisse connaître un renouveau. En effet, en 2019, la Corée du Sud et la Russie ont signé un plan du nom des « neuf ponts ». Un projet qui donnerait alors lieu à une coopération économique entre les deux Corée et la Russie. Enfin, les intérêts de la Russie pour cette ZES pourraient renaître en raison de son projet de construction d’un chemin de fer entre Khasan et Rason ; ce qui connecterait alors la ZES avec le reste de l’Asie et l’Europe.

Friday, November 26, 2021

La tentative de rayonnement culturel de Gwangju

La ville de Gwangju située dans une région de Corée du Sud isolée peine à combler ses déficiences économiques et culturelles. Bien qu'elle fut aidée sur le plan économique par la politique du « nouveau village » instaurée sous la présidence de Park Chunghee dans les années 70, elle se retrouve au centre d'une révolte meurtrière en mai 1980. 
 
Kim Daejung étudiant dans la ville lors du « soulèvement de Gwangju » de 1980 fut impliqué dans la libération de la ville des forces militaires ce qui lui coûtera d'être menacé d'une peine de mort. Cependant, il parvient a être gracié et continue son ascension en politique jusqu'à devenir président de Corée du Sud (1998-2003). De part son lien étroit à sa région natale, il tente de rompre l'isolement culturel et économique du Jeolla, région dans la laquelle se situe Gwangju. Il crée par ailleurs l'aéroport international de Mu'an qui se solde par un échec de part sa situation géographique trop éloignée des grandes métropoles coréennes. 
 
A défaut de s'élever économiquement, cela n'empêche pas la ville de Gwangju, réputée pour être la ville des artistes et des intellectuels, de tenter de rayonner culturellement. En 2010 sera construit l'Asia Culture Center Gwangju qui a pour ambition de rayonner dans toute l'Asie, cependant son rayonnement ne sera que faible et ce, à l'effigie de la biennale d'art contemporain construite en 1995. Bien qu'elle fut la première d'Asie et qu'elle cherchait à mondialiser la diversité de l'art elle n'aura pas un grand impact sur la scène internationale.
 
MORELE Océane

Rasŏn et les Zones Économiques Spéciales en Corée du Nord

    En novembre 1991, l’Union Soviétique s’effondre et n’est plus en mesure de soutenir financièrement la Corée du Sud comme elle en avait l’habitude. Le dirigeant du pays, Kim Il-sung, décide de créer des Zones Économiques Spéciales sur les conseils du président chinois Deng Xiaoping. La première ZES nord-coréenne est implantée dans la ville de Rasŏn au Nord-Est du pays, idéalement située au carrefour de la Russie et de la Chine. L’objectif du gouvernement Nord-Coréen est alors de faire de la ville une zone semblable à Shenzhen en Chine. Cependant, cette ZES ne rencontre pas le succès escompté et attire peu d’investisseurs.

    Dès son arrivée au pouvoir en 2011, Kim Jong-Un met en place de nouvelles ZES pour tenter à son tour d’attirer des investisseurs étrangers. Pour autant, ces zones peinent également à décoller, notamment parce que la majorité d’entre elles sont très récentes (sur les 25 ZES que compte le pays, 19 ont été créées par Kim Jong-Un). De plus, la Corée du Nord étant un pays totalitaire, perçu comme une zone dangereuse et faisant l’objet de sanctions internationales, elle est loin d’être attractive pour les investisseurs étrangers, notamment occidentaux.

    Même la ZES de Kaesŏng, pourtant située près de la Corée du Sud, à proximité de la frontière de la DMZ, a été un échec et a fini être dissoute en 2016. Néanmoins, il est possible que Rasŏn finisse par se développer. Même si la ville est excentrée, elle comporte quelques avantages, comme le fait d’être un port en eau profonde qui ne gèle jamais, et sa proximité avec la Chine et la Russie. Pour profiter de ce potentiel, la Corée du Nord doit cependant investir dans la rénovation des infrastructures de la ville, ce qui semble compromis tant que les sanctions économiques internationales qui pèsent sur le pays ne sont pas levées.

Echec et potentiel économique des ZES

En 1992, suite à la chute de l'URSS, Kim Il-sung crée la première Zone économique spéciale (ZES) de Corée du Nord à Rasŏn. Il choisit cette ville pour son emplacement proche des frontières avec la Chine et avec la Russie, espérant transformer la ville en un pôle d'attractivité économique pour les investisseurs étrangers égalant Shenzhen. Lorsque Kim Jong-un arrive au pouvoir, il met en place 19 ZES, espérant lui aussi attirer des investisseurs et intégrer le pays dans l'économie internationale.

Pourtant, la ZES de Rasŏn fut un échec, et aucune autre ZES ne parvint à atteindre les objectifs espérés. La Corée du Nord est en effet perçue comme un pays dangereux par la majorité des investisseurs potentiels, et les médias contribuent à renforcer cette image. En outre, la Corée du Nord a très peu de relations économiques avec les pays occidentaux, et elle n'a pas de relations privilégiées avec son voisin chinois.

Néanmoins, la ZES de Rasŏn possède plusieurs avantages, et les experts estiment qu'elle a un haut potentiel économique. En plus d'être située entre la Chine et la Russie, c'est un des seuls ports en Asie du Nord-Est qui ne gèle pas. A l'avenir, l'ouverture de nouvelles routes maritimes arctiques pourrait faire de la côte de Rasŏn la route la plus courte entre l'Asie et l'Europe. Rasŏn possède également un potentiel touristique modéré. Pour ce qui est des 19 ZES mises en place par Kim Jong-un, elles sont encore trop récentes pour pouvoir véritablement jauger leurs résultats.

Rasŏn est donc encore loin d'égaler Shenzhen, mais elle possède un potentiel non-négligeable. Pour en profiter, il faudrait néanmoins investir dans la rénovation de ses infrastructures, et au vu de l'échec économique de cette ZES depuis sa création, ce n'est certainement pas une priorité du gouvernement.